Kurogane reprit doucement conscience de la réalité avec un mal de tête à assommer une cloche, comme si quelqu'un lui frappait obstinément la tête avec un marteau. Il se sentait lourd et arrivait à peine à bouger son corps et mit plusieurs secondes avant de réussir à rouvrir les yeux, éblouis par les faibles rayons de soleil qui perçaient jusqu'à son visage.
Du soleil... Il resta interdit un instant sans en comprendre exactement la signification. Immobile, allongé au sol, il prit quelques minutes pour essayer de remettre au clair son esprit pour le moins embrumé, pour tenter assez vainement de comprendre ce sentiment de malaise qu'il ressentait depuis l'instant où il avait recouvré sa conscience, un sentiment pressent, urgent, mais dont il ne comprenait pas entièrement l'ampleur.
Il s'assit sur le sol, ne faisant pas attention aux images qui tournaient devant ses yeux, se frottant douloureusement la tête en essayant de recoller les morceaux de sa mémoire qui revenaient par fragments. La prison, leur échappatoire... Fye...
Il releva brusquement la tête, comprenant enfin le fragment manquant dans sa mémoire, fixant sa cape qui gisait toujours à terre à seulement quelques mètres de lui, voletant légèrement sous le léger souffle de vent. Il jeta ensuite un regard aux gosses, toujours assoupis exactement comme lui quelques instants auparavant. Il se releva, se tenant au mur pour éviter de retomber, sa tête le lançant sérieusement. Une fois ses repères d'équilibre repris, il s'avança près de Shaoran, lui secouant l'épaule pour le réveiller.
- "Eh! Gamin! Réveille-toi! " Shaoran ouvrit lentement les yeux, regardant autour de lui, visiblement aussi perdu que Kurogane lors de son propre réveil. Il fixa le ninja d'un air perdu.
- "Kurogane-san... "
- "Que s'est-il passé? " demanda le brun, pressé de comprendre exactement ce qu'il lui était arrivé, et pourquoi Fye avait subitement disparu sans laisser la moindre trace.
Shaoran ferma les yeux, l'esprit encore embrumé, essayant visiblement de se concentrer pour se souvenir des évènements.
- "On... vous étiez parti chercher de l'eau... " murmura t'il lentement. " Et puis, au bout de plusieurs minutes, on... on a subitement eu envie de dormir... " le brun fronça les sourcils, se rappelant que lui aussi avait eu cette impression avant de réussir à les rejoindre.
- "Et Fye? " Shaoran le regarda étrangement, ne comprenant visiblement pas le pourquoi de la question.
- "Fye-san était toujours avec nous quand... nous nous sommes endormis... Pourquoi, que s'est-il passé ?" demanda t'il.
Le brun jeta un nouveau regard sur la fine cape noire gisant au sol, la regardant sans la voir, ses yeux plongés dans une réflexion encore embrumée, mais ne fournit aucune réponse..
Il se releva brusquement sous le regard encore perdu de l'archéologue qui ne semblait pas encore comprendre ce qu'il venait de se passer. Kurogane chancela un instant avant de retrouver définitivement son équilibre et de ramasser sa cape pour la passer autour de ses épaules. Il se tourna ensuite vers Shaoran, qui n'avait pas bougé d'un pouce, surveillant la princesse et Mokona qui dormait dans ses bras.
-"Vous trois, restez ici." Dit le ninja d'un ton sérieux. "Si quelqu'un s'approche de trop, refugiez vous à l'intérieur de la grotte, il y a tout un réseau de souterrain."
-"Que comptez-vous faire?"
-"Retrouver Fye. Et le ramener." Le garçon lui lança un regard mêlé d'incompréhension et de surprise, se demandant sans doute comment il comptait s'y prendre pour le retrouver. Même si à vrai dire, il se le demandait aussi.
-"Il y a de l'eau au fond de la grotte" continua t'il "Et les arbres de la région ont assez de fruits pour ne pas mourir de faim." Shaoran hocha lentement la tête, se demandant si son absence se limiterait à un ou deux jours ou beaucoup plus, vu ses paroles.
Même si le ninja n'en avait lui-même aucune idée. Kurogane tourna les talons et s'éloigna de leur campement de fortune, sachant qu'il pouvait faire confiance au gamin pour être assez prudent et veiller sur la princesse.
Tout en marchant, il leva son regard vers le ciel. La matinée était déjà bien entamée, vu la place qu'occupait le soleil dans le ciel. Ce sommeil n'avait vraiment rien de normal. Plus il y réfléchissait, plus il en arrivait à la conclusion que cette fatigue était loin d'être naturelle... même s'il ignorait encore comment cela était possible. Mais tout se résoudrait surement en retrouvant Fye...
Fye... Depuis le début de cette histoire, quelque chose ne tournait pas rond avec lui. Bon, il lui avait en partie expliqué l'origine de son malaise... l'attitude des villageois, leur rejet... Mais cela n'était qu'une partie seulement, Kurogane le savait. Et cela l'inquiétait. Un peu. ...
Bon, plus qu'un peu. Il ne savait pas ce qui travaillait autant le blond. Et il ne pouvait pas le protéger d'une chose qu'il ignorait.
Il n'avait pas su le protéger d'une chose qu'il ignorait. Et il s'en voulait énormément. Il s'était promis de le protéger, et une fois encore, il avait failli à sa promesse. Par deux fois en l'espace de seulement quelques jours, il avait fait preuve de sa faiblesse. Il avait laissé tomber cet être qui comptait tellement à ses yeux et qui avait implicitement besoin de son réconfort. Il l'avait trahi et blessé, et maintenant, il comptait bien essayer de réparer ses erreurs.
Il leva la tête vers le ciel, essayant de le distinguer au travers des épais feuillages qui ne laissaient passer que la chaleur et quelques rayons de soleil. Il n'avait strictement aucune idée de l'endroit où le mage pouvait bien se trouver, et il se demandait comment il allait faire pour en avoir la moindre idée. Il pouvait se trouver n'importe où, pouvant être aussi bien retourné au village que dans tout autre lieu.
Il stoppa un instant sa marche, essayant de se calmer, de calmer son anxiété et de réfléchir correctement.
Que savait-il? Que non loin de là, un village entier ne voulait qu'un chose, sa mort. Qu'il était perdu, oui, perdu, au milieu d'une forêt dont il connaissait ni la taille, ni ce sur quoi elle donnait, et que son amant était entre les mains d'une personne dont il ne se souvenait que la couleur de cheveux. Tant d'informations aussi nombreuses qu'inutiles.
Cela ne lui disait pas où aller, et errer dans la forêt durant des heures n'était surement pas la meilleure chose à faire. Mais que faire d'autre? Quelles autres options s'offraient à lui? Comme toujours, il allait suivre son instinct.
Cette chose en laquelle le ninja avait appris à se fier depuis sa plus tendre enfance, qu'il avait perfectionné au fil des années et en laquelle il pouvait croire presque sans risque.
Il prit une direction opposée à celle dont il pensait être la route vers le village d'où ils venaient, se disant que la probabilité que Fye s'y trouve soit presque nulle. Pourquoi serait-il retourné là-bas? Tout le village lui en voulait au point d'aller jusqu'à commettre un acte irréparable. Il ne pensait pas non plus que ce soit un villageois qui ait pris le risque de l'enlever, même Shaoran l'aurait entendu venir. Non, ce n'était pas possible. Ca ne pouvait pas être ça.
Le ninja marchait toujours tout droit, évitant tantôt les racines dépassant du sol, tantôt les branches qui descendaient à des hauteurs bien en dessous de celle de sa tête, l'obligeant à faire de multiples acrobaties pour avoir la chance de continuer à avancer.
Le soleil continuait sa course dans le ciel, laissant sa chaleur se répandre sous la cime des arbres, jusqu'à rendre l'air lourd, étouffant. Aucun brin d'air, aucune brise. Pas le moindre courant d'air pour venir rafraichir le brun qui continuait de marcher obstinément, ne faisant pas attention à ce soleil de plomb qui le faisait transpirer jusqu'à la moelle, lui donnant des vertiges qu'il avait pris l'habitude d'ignorer, plongé dans ses pensées, ne faisant pas garde à son entourage.
Il continuait à marcher, envers et contre tout, son esprit fermement décidé. Mais lorsque les rayons du soleil commencèrent à s'estomper derrière une montagne à l'ouest, le ninja se laissa tomber contre un arbre à coté d'un étang, devant admettre qu'il était bien incapable de faire un pas de plus.
Il poussa un soupir de dérision en levant à nouveau son regard vers le ciel dont le bleu commençait s'obscurcir. Il observa un instant ce grand vide qui s'étalait au-dessus de sa tête, cette immensité si profonde, emplis de tant de mystères et d'inconnus, de secrets.
Une étendue bleutée qui lui rappelait désormais tellement les yeux de son amant... Ces yeux dans lesquels il aimait tellement se perdre, ces yeux qui, contrairement à son visage, reflétaient ses sentiments, aussi bien ses peurs que ses angoisses, ses joies que ses plaisirs...
Jamais il n'aurait pu croire avant de le rencontrer qu'un simple regard, aussi fugitif soit-il, puisse exprimer tellement de choses à la fois. Ses pensées dérivèrent doucement tandis que le ciel cérulé s'obscurcissait pour laisser apparaître les premières étoiles brillant encore faiblement.
Las, le brun ferma les yeux sans même s'en rendre compte, tous ses muscles se relâchant doucement alors que son esprit se trouvait désormais loin de cette forêt, de ces arbres, perdus aux cotés de cette personne qui lui manquait déjà terriblement.
- - - - - - - - - -
Une grande tendue blanche. Un paysage blanc, comme une feuille de papier, à perte de vue, dans toutes les directions. Rien, aucune touche de couleur nulle part. Pas de ciel, pas d'herbe, pas la moindre trace de vie ou autre.
Juste un grand vide.
Et au milieu de ce vide se tenait un homme, grand, brun, des yeux rouge sang, marchant toujours tout droit, ne faisant pas attention à ce paysage qui s'entêtait à rester inchangé. Seule touche de vie dans cet endroit.
Il marchait, seul, la tête levée vers l'avant, fixant un point imaginaire au loin, avançant d'une allure linéaire. Que faisait-il ici? Il n'en savait rien. Il ne savait même pas ce qu'était cet endroit et sincèrement, il s'en fichait.
Et il continuait à avancer. Même s'il ne savait pas où il allait, s'il ne connaissait pas le but de son errance. Il ne faisait qu'avancer, tout simplement. Sans faire demi-tour, sans s'arrêter.
...ne...uro...
Le brun se retourna, persuadé d'avoir entendu un bruit dans ce silence profond. Il regarda autour de lui un instant. Rien, à part ce blanc omniprésent, annihilant tout, bruit, couleur, odeurs....
Ne voyant rien, il hocha les épaules, avant de reprendre sa marche interminable, se disant que ce silence devait lui monter à la tête.
Quelques instant passèrent, mais plus il avançait, plus il sentait l'atmosphère devenir lourde, tendu, comme si quelque chose voulait l'empêcher de continuer à avancer, comme s'il devait accomplir quelques chose d'important.
...gane... Kuro...gane...
Cette fois, il se retourna et s'arrêta, persuadé que ce n'était pas une illusion de son cerveau, mais bel et bien, quelqu'un qui l'appelait. Quelqu'un dont la voix, même lointaine, même à peine plus forte qu'un murmure, lui était familière. Il chercha, balayant l'endroit du regard, mais ne trouvant pas plus de trace de vie, quelle qu'elle soit, que précédemment.
Et alors qu'il allait se retourner pour la seconde fois, perplexe, une lumière blanche apparut soudain devant lui, l'éblouissant. Il porta un bras au niveau de ses yeux, se protégeant le plus possible de cet éclat de clarté qui disparut aussi vite qu'il était arrivé.
Lorsqu'il rouvrit les yeux, une silhouette s'avançait vers lui, doucement, la démarche assurée. Cette personne était vêtue d'un long ensemble blanc, semblable aux kimonos de son monde, remarqua t'il, la faisant presque paraître invisible dans ce décor.
Une beauté irréelle, resplendissante, une élégance fière, tel un ange dans son paradis. Une splendeur inégalée, et pourtant, si discrète. Un camouflage naturel uniquement brisé par des cheveux blond et des yeux bleus, profonds... auxquels le ninja s'accrocha instantanément lorsqu'ils se posèrent sur lui.
-"Tu es vraiment quelqu'un de remarquablement fort, tu sais, Kuro-chan. Même dans ton sommeil, ton esprit reste difficilement pénétrable." dit Fye d'un ton naturel, sa voix cristalline coulant dans les oreilles du ninja comme l'aurait fais un court d'eau dans son lit
-"Fye..." souffla t'il alors que le blond s'arrêtait à seulement quelques mètres de lui, le regardant avec tendresse, un fin sourire ornant ses lèvres.
A son nom, le mage ferma les yeux et hocha imperceptiblement la tête, son sourire s'élargissant un peu plus.
-"Que fais-tu ici...?" questionna Kurogane dans un murmure, comme si les paroles risquaient de le faire disparaître à tout jamais, comme s'il n'était qu'illusion éphémère dont la vie risque de s'envoler au moindre coup de vent. Fye rouvrit les yeux et le fixa simplement. "Et où sommes-nous?" ajouta le brun au bout de quelques secondes.
-"Nous sommes dans ton rêve, Kuro-chan" dit simplement Fye, sans se départir de son sourire. Le ninja le regarda un moment, étonné. Son rêve? Cet endroit était son rêve? Et Fye faisait parti de son rêve, lui aussi? Ou alors, était-il vraiment là? . "Et je suis venu pour te parler."
Le mage le regarda d'un air sérieux, l'interrompant dans ses pensées. Le brun lui rendit son regard, légèrement perdu, ayant visiblement du mal à faire la part des choses entre réalité et rêve. Le blond ne prêta pas attention à lui, et regarda autour de lui quelques secondes, ses yeux céruléens se troublant d'un léger voile de mélancolie.
-"J'ai toujours voulut savoir à quoi ressemblaient tes rêves, tu sais?"
Il se perdit un instant dans la contemplation de cette immense étendue blanche, le regard rêveur.
-"Fye...es-tu... juste un rêve aussi? Ou bien..." le blond se retourna lentement vers lui, toujours cette mélancolie dans le regard, et un sourire mystérieux, laissant planer le doute.
-"Et toi, Kurogane... qu'en penses-tu? Suis-je réel pour toi?"
Le brun fronça légèrement les sourcils, essayant de faire la part des choses dans son esprit. Qu'en pensait-il? Il avait envie d'y croire... Croire que le Fye qui se trouvait en face de lui était bien là, que ce n'était pas qu'une simple illusion de son esprit. Il l'observa un instant.
Le bond avait de nouveau détourné son regard, fixant un horizon qui n'existait pas, attendant patiemment que Kurogane prenne une décision.
Il l'observa en détail, son attitude, l'aura qu'il dégageait... Non... tout cela était bien trop... vrai, pour n'être qu'un rêve. Ce reflet dans ses yeux, ses expressions. C'était lui. Juste lui.
-"Alors... tu es vraiment là...?" murmura le brun, encore un peu perdu.
Il voulut s'avancer vers Fye, mais tout d'un coup, le paysage se brouilla, des ombres commencèrent à apparaitre à certains endroits, le blanc cédait lentement sa place à de multiples couleurs. Et au milieu de tout ça, lui, et Fye, tous deux immobiles, observant ce changement, l'un avec appréhension, l'autre avec douceur.
Et finalement, le blanc laissa la place à un vaste paysage, un large océan à perte de vue qui s'étendait à leur pied. Le brun le regarda, interdit, ne comprenant pas ce subit changement de décor. Il avança de quelques pas, jusqu'à se retrouver à la hauteur du blond alors qu'une mince vague venait mourir à ses pieds.
Fye leva le visage vers lui, un réel sourire sur le visage comme le brun en voyait encore trop rarement, les yeux brillant d'un sentiment de sincérité, de reconnaissance que le brun ne comprit pas immédiatement.
-"Alors... c'est cette image que tu te représente quand tu penses à moi?" dit le blond en regardant Kurogane, qui ne put s'empêcher de sourire à son tour devant le visage du blond si paisible, radieux, si... vrai.
Il le prit doucement dans ses bras, observant à son tour l'infinie mer qui s'étendait devant lui, une mer d'un bleu magnifique, emplis de reflets plus magnifiques les uns que les autres. Oui, en effet, c'était ce que lui inspirait Fye lorsqu'il se plongeait dans ses yeux, lorsqu'il lui arrivait de le contempler le matin, alors qu'il dormait encore dans ses bras, insouciant.
Il posa son front contre la fine épaule de son amant, respirant cette odeur sucrée que dégageait sa peau laiteuse. Cette fois, il en était certain... Fye se trouvai réellement devant lui... cela ne faisait plus aucun doute.
Il resserra un peu plus son étreinte, ayant besoin de sa présence, de ce corps contre le sien.
-"Où es-tu..."murmura t'il contre son cou, le faisant sourire. Un sourire plus triste, contrastant avec son regard rêveur.
-"Tu n'as pas à le savoir... je ne suis pas venu pour ça..."
-"Venu?" Le blond se retourna vers Kurogane, son visage ayant repris son sérieux. "Comment...?"
-"Ca n'as pas d'importance, Kuro-chan..."
-"Tu as utilisé ta magie?" Le blond hocha faiblement la tête, mais détourna bien vite le sujet.
-"Tu dois repartir, Kuro... Avec Sakura-chan et Shaoran-kun... Tu dois dire à Mokona de vous emmenez dans un autre monde." Le brun fronça les sourcils, pas entièrement certain d'avoir saisi les paroles de son amant.
-"Tu veux qu'on reparte... en te laissant ici?"
-"Oui."
Le brun le regarda, estomaqué, avant de sentir une colère sourde monter en lui. Une colère froide, conséquence de ces paroles, encore une fois la preuve de l'insouciance du blond envers lui-même. Une colère contre lui-même, cette frustration qu'il emmagasinait à force de reproches, de constats de son impuissance qui était en quelque sorte, elle-même à l'origine de ces paroles.
-"Non." Juste un mot. Un mot pour faire comprendre tout ce qu'il ressentait. Une parole sèche, claire, qui n'opposait aucune résistance, aucune discussion possible. Un non catégorique. Une parole et un regard, lançant des éclairs, laissant ressortir toute cette colère, tous ces ressentiments. "Je ne te laisserai pas. Il n'est pas question que l'on te laisse ici."
-"Ecoute-moi, Kuro-chan, je t'en prie... tu ne peux pas venir me chercher... c'est trop dangereux..." Il baissa la tête. Le dernière chose qu'il voulait, c'était impliquer Kurogane dans cette histoire... Surtout pas lui.
-"C'est trop dangereux, c'est trop risqué... Quand vas-tu arrêter de dire ça! Si je t'écoutais, je passerais mes journées enfermé dans une chambre, Fye!" Il se tut et observa un instant le blond devant lui, avant de passer deux doigts sous son menton pour lui relever la tête, ancrant son regard dans le sien. Il passa doucement ses doigts sur son visage avant de reprendre plus calmement.
-"Qu'est-ce qui te fait si peur, Fye? Tu ne veux pas me le dire?"
-"Pas ici, Kuro... Pas maintenant... S'il te plait..."
-"Fais-moi juste confiance..."
-"Pas ici..." répéta le blond d'une voix où transparaissait une légère pointe d'anxiété. "Je n'ai pas le temps de tout t'expliquer..."
-"Alors dis-moi où tu es." insista le brun.
Fye décrocha son regard, essayant de réfléchir, de retarder le moment où il savait qu'il flancherait face à la détermination de son amant. Pourquoi fallait-il que Kurogane soit si obstiné? Pourquoi fallait-il que lui soit si faible face à ces deux rubis qui le transperçaient de part en part?
-"Je ne te laisserai pas, Fye..." insista Kurogane.
Le blond poussa un soupir de résignation. Cela ne servait à rien d'insister, et ils le savaient parfaitement tous les deux.
-"A l'Est..." murmura le blond. "Dans un château construit dans le flanc d'une colline..."
Le ninja sourit et passa ses bras autour de la taille du mage, le pressant contre lui en l'embrassant tendrement sur le front.
-"Merci Fye..."
Il se passa quelques instants dans le silence qui leur parurent une éternité, avant que Fye se dégage brusquement de l'étreinte du brun.
-"Je ne peux pas rester, Kurogane." Dit-il soudainement, les yeux plissés, comme s'il craignait quelques chose.
-"Fye? Qu'y a-t-il?" -"Je ne peux pas t'expliquer..." Il lui lança un dernier regard, presque suppliant. "Promet-moi d'aller bien... Kuro-chan..."
Le brun hocha la tête avec un sourire se voulant rassurant, avant de venir cueillir ses lèvres en un baiser tendre dans lequel le blond se laissa aller.
-"Ne t'inquiète pas..." glissa t'il doucement à son oreille avant de l'embrasser tendrement.
Ils se séparèrent au bout de quelques instants, tandis que la silhouette du mage commençait à se dissiper, de même que le vaste océan derrière lui. Il ne quitta pas un instant Kurogane du regard, et juste avant qu'il ne disparaisse, il prononça une phrase, dans un murmure.
-"Méfie-toi des apparences..."
Le brun n'eut pas le temps d'assimiler ces mots que Fye avait déjà disparu dans un dernier sourire, et qu'il se sentait tiré vers les profondeurs dans une chute sans fin, dans un abyme infini dont seul les ténèbres sont reines...
- - - - - - - - - -
Fye ouvrit doucement les yeux, éblouis par la faible lumière qui perçait au travers de la fenêtre contre laquelle il était appuyé. Son regard resta un instant suspendu dans le vide avant qu'il ne sorte entièrement du sommeil artificiel dans lequel il s'était volontairement plongé.
Machinalement, il porta la main à ses lèvres, cherchant encore le contact de celles de son amant qui se posaient sur les siennes à peine quelques secondes auparavant dans ce monde merveilleux qu'était celui des rêves du brun.
Ses yeux glissèrent sur la forêt en contrebas de la fenêtre. Quelque part, perdu au milieu de ces arbres, Kurogane est là, perdu dans ce bois, en train de le chercher, lui. Juste pour lui. Et ça, ce n'était pas un rêve.
Il avait voulu le voir pour le dissuader de venir... Pour ne pas l'impliquer dans cette histoire qui prenait une tournure qui le dépassait amplement. Pour ne pas l'impliquer, lui.
Mais au final, comme à chaque fois, il avait cédé face à cette détermination qu'il admirait et détestait tant à la fois. Détermination, source de sa force, chose qu'il n'avait jamais eu.
Pourquoi fallait-il que le brun soit aussi obstiné? Pourquoi fallait-il que lui-même soit si faible face à ce regard de braise qui le transperçait de toute part? Il n'avait jamais su y résister...
Le grincement d'une porte retenti derrière lui, mais Fye n'eut pas le temps de se retourner qu'il ressentit une violente douleur au visage avant d'être violement projeté contre le mur à l'opposé de la pièce.
Non préparé, le blond n'eut pas le temps de se protéger, et sa tête heurta durement la pierre froide dans un bruit mat avant de retomber au sol, quelque peu assommé, un mince filet de sang coulant de sa tête sur son visage avant de venir s'écraser au niveau du sol.
-"Toi..." siffla entre les dents l'homme qui venait d'entrer.
Fye releva vaguement la tête, encore un peu assommé, sa vue se troublant légèrement au moindre de ses mouvements.
Il se doutait bien qu'il aurait eu droit à de la visite de ce genre... c'est pour cette raison qu'il n'avait pas voulu rester plus longtemps auprès de son amant... même s'il aurait bien aimé en avoir l'occasion. Mais la magie qu'il avait déployée était facilement repérable. Surtout pour cet homme.
Cet homme dont il connaissait la silhouette par cœur. Une silhouette semblable à la sienne, avec une taille quelque peu plus grand, mais tout aussi efféminée. Il reconnut en premier lieu au travers du trouble de sa vue ses longs cheveux blancs qui tombaient gracieusement jusqu'à sa taille, avant de lever le regard sur son visage. Un visage dur, crispé par une colère foudroyante. Il croisa des yeux ébènes, eux aussi remplis de haine, lançant des éclairs, le toisant avec un mépris non dissimulé.
-"Tu as utilisé ta magie". Une voix froide, tranchante, ne laissant transparaitre aucune autre émotion que sa colère, sa haine.
Fye se redressa légèrement, se retrouvant adossé contre le mur, la respiration rauque, chaque inspiration se faisant un peu plus douloureuse que la précédente tandis que du sang coulait toujours le long de son visage.
Il releva les yeux vers son geôlier, le fixant d'un regard vide, vierge de toute expression, marque d'une lassitude extrême, poussée à ses limites, mais qui eut le don d'augmenter d'encore un cran la colère de son interlocuteur, faisant croitre l'aura de menace qui s'en dégageait depuis qu'il était entré dans la pièce.
-"Lève-toi." Un ordre. Simple, direct, explicite. Et toujours avec ce ton aussi froid et tranchant que de la glace, aussi acéré qu'une lame. Un ton qui n'accepte pas la contradiction, qui ne permet pas la désobéissance.
Une désobéissance qui eut pourtant lieu, Fye ne bougeant pas d'un pouce, ne se relevant pas d'un centimètre et n'en ayant de toute façon pas la force. Il continuait simplement à le regarder fixement comme s'il n'existait pas, comme si son regard passait au travers. Comme s'il n'était qu'un simple fantôme que l'on ne peut ni voir ni entendre.
-"Lève-toi!" Le même ordre, répété pour la seconde fois, d'un ton plus pressant encore, d'un ton qui laisse présager de sombres conséquences s'il n'est pas respecté. Mais non, toujours rien. Encore et toujours ce regard fantôme, comme si la personne assise en face de lui n'était plus qu'un corps sans âme.
Fye savait bien ce qu'il risquait à contredire une telle personne... surtout lorsque celle-ci commençait à perdre la raison comme c'était le cas ici. Il ne connaissait que trop bien les réactions qu'il allait avoir...
Mais après tout, il avait toujours était obstiné, non? Alors pourquoi changer maintenant?
Et avant que Fye n'eut le temps de réaliser ce qu'il se passait, il s'écroula à nouveau à terre, plié en deux par une atroce douleur au niveau des côtes, conséquence de son obstination muette. Plusieurs secondes s'écoulèrent avant que de l'air ne pénètre à nouveaux dans ses poumons, lui permettant de retrouver un tant soit peu d'air.
Tout d'un coup, il sentit une force le soulever du sol, quittant ce contact avec la pierre froide tandis que tout n'était que flou pour lui. Il luttait pour reprendre une respiration normale, chaque parcelle d'air entrant ou sortant de ses poumons semblant le brûler de l'intérieur, le consumant lentement.
Le brouillard devant ses yeux se dissipa quelque peu lorsque ses jambes durent subitement à nouveau porter son poids, léger, mais visiblement déjà trop conséquent pour lui. Il tint quelques secondes ainsi, ses mains crispées contre le mur comme pour essayer de rétablir son équilibre.
Mais alors que ses jambes allaient céder sous son poids, deux mains emprisonnèrent ses poignets, l'empêchant de retomber une fois encore.
-"J'aurais tant aimé que tu ne résistes pas, tu sais, Fye..." Le blond sentit un frisson parcourir son corps, prit d'un violent malaise et d'une soudaine envie de vomir.
Tout dans cet homme qui le maintenait prisonnier l'écœurait, et le simple fait de le savoir juste là, à quelques centimètres de lui, lui donnait de violentes nausées. Et plus il essayait de contrôler les spasmes qui secouaient son corps, plus ceux-ci se faisaient violent.
-"Cela nous aurait évité bien des souffrances, à toi comme à moi..." Fye détourna la tête, pouvant sentir son souffle chaud glissé sur son visage, sur son cou, essayant d'échapper à ces yeux couleur nuit dont la colère avait légèrement disparu, laissant place à un regard à la fois dur et tendre, laissant filtrer des émotions que Fye n'aurait jamais voulu connaître, aurait préféré continuer à ignorer.
Des sentiments qu'il avait compris dès la première fois où cet homme, ressurgis soudain d'un passé lointain et non révolu, lui avait adressé la parole, laissant transparaître à la fois dans son ton et son regard, ce sentiment dont Fye ne voulait pas.
Et par-dessus tout, un sentiment non partagé.
Quelques doigts se glissèrent sur son visage en un geste doux, écartant les mèches de cheveux collées à son front par le sang qui avait à présent cessé de couler.
-"Je ne voulais pas, tu sais... j'aurais aimé pouvoir te laisser libre... mais je ne pouvais pas... pas encore..." il posa son front contre le cou du mage, lui arrachant un nouveau spasme tandis qu'il fermait les yeux pour essayer de ne pas y penser, pour essayer en vain de faire abstraction de cette présence plus que mal venue auprès de lui.
-"Dis-moi ce que tu veux, Fye..." souffla t'il dans son cou, sa voix venant se perdre dans l'oreille du blond qui resserra les poings contre le mur au poing de s'enfoncer les ongles dans sa peau, laissant perler quelques gouttes de sang qui glissèrent le long de sa main pour venir rejoindre celles qui avaient déjà séché sur le sol.
Il rouvrit les yeux, son regard balayant la pièce avec résignation. Ce qu'il voulait? Il aurait voulu n'être jamais ici, dans cette prison de verre. Car une prison reste une prison, et ce, malgré toutes les apparences que l'on peut lui donner. Il aurait voulu n'avoir jamais rencontré cette chimère de son passé, qu'il avait cru depuis tant d'année disparue mais qui se trouvait à présent devant lui. Il aurait voulu être libre, et surtout, se trouver avec l'homme qu'il aimait.
Il voulait tant de choses... mais toutes étaient impossibles à réaliser.
Il souhaitait tant de chose, depuis le commencement de sa vie, mais ne faisait rien pour qu'elles ne soient réaliser. Parce qu'il avait toujours été faible, qu'il n'avait jamais eu assez de courage.
Comme s'il avait suivi le fil de sa pensée, l'homme qui le maintenait contre le mur releva la tête et le força à le regarder, ancrant ses yeux dans les deux saphirs du mage qui tenta à nouveau de détourner la tête en vain.
-"Pourquoi me rejettes-tu, Fye... Tu n'étais pas si réfractaire auparavant..." susurra t'il doucement. Il observa les traits du mage, aucun centimètre de sa peau pâle n'échappant à ces yeux vifs qui ne cessaient de le détailler.
Puis, avant que le blond ne puisse réagir, de quelque manière que ce soit, des lèvres se posèrent sur les siennes, rudes, possessives. Tout son corps se crispa sous le coup de ce contact forcé, contre lequel il ne pouvait rien faire.
Bien sur, il essayait de se débattre, mais son adversaire était bien plus fort que lui, physiquement, moralement... et sa lutte était veine.
Une lutte vaine. Pas seulement celle pour échapper à ce baiser. Non. La lutte de toute une vie qui se reflétait au travers de cette impuissance. Une lutte pour échapper à ces chaînes desquelles il était prisonnier depuis sa naissance, depuis son premier souffle.
Il avait toujours accepté son sort, il avait toujours accepté ces contraintes qui lui étaient constamment imposées, à contre cœur, ayant compris que vouloir échapper à cette avilité n'entraînerai avec elle que plus de désastre, plus de malheur. Un sursaut de liberté, un simple sursaut de vie valait-il la peine de tant de mort en plus? De tant de cadavres inutiles? Pas pour lui. Cela ne valait pas sa vie à lui. Et il avait appris à se taire et à accepter son sort, quelque qu'il soit.
Sa lutte ne servirait jamais à rien, il l'avait compris, et il l'avait accepté, en baissant la tête.
C'est ce qu'il pensait. C'est ce qu'il avait pensait avant de le rencontrer, lui. Cet homme qu'il avait rencontré, ce ninja aux yeux rubis qui lui avait appris tant de chose. Kurogane...
Il l'avait aidé à se relever lorsque son esprit était totalement brisé, il avait été la première personne à lui tendre une main, sincère, à ne l'aider que pour l'aider et non pour avoir l'occasion de se servir de lui par la suite.
Il l'avait soutenu, dans ses moments d'errance, il l'avait aidé à prendre conscience que la vie pouvait mériter d'être vécu, qu'il pouvait la vivre de lui-même, sans contrainte et qu'il n'avait pas à se plier à la volonté d'un autre. Qu'il pouvait juste vivre heureux.
Et il avait commencé à y croire, à ce bonheur.
Et voila ce à quoi ça l'avait mené. Dans cette prison faite de cristal, où son espoir était à nouveau jeté à terre, piétiné sans aucun scrupule.
L'espoir...
En un instant, toutes les paroles de son amant lui revinrent en tête, toute, aucune ne lui échappant, créant un amalgame dans son esprit. Il repensa alors à chaque moment qu'il avait passé avec lui, à tout ce qu'il lui avait apporté, à tout ce qu'il lui avait offert... À tous les efforts qu'il avait dû fournir pour lui... Pour lui...
Et dans un geste désespéré, le blond réussit à rejeter l'homme qui continuait à l'embrasser, le repoussant à quelques mètres de lui. Surpris, l'homme le regarda une seconde, cet homme blond acculé à un mur, la respiration haletante, le visage figé en une expression d'apeurement et le corps tremblant... Et son regard, tout d'abord perplexe, se remplit à nouveau de haine, de rage, alors que ce même blond sentait à nouveau une force le plaquer contre le mur, lui interdisant à nouveau tout mouvement, l'emprisonnant un peu plus dans son manque de liberté.
Il s'avança doucement vers Fye comme le ferai un prédateur ayant acculé sa proie, savourant sa victoire, prenant tout son temps pour mettre un terme à la vie de cet animal qui se savait condamné. Le mage le regardait faire, impuissant face à ce spectacle, le regardant s'approcher lentement jusqu'à se placer à quelques mètres de lui, un sourire cruel plaqué sur ses lèvres, rapprochant son visage à quelques millimètres de celui du blond qui ne put détourner la tête.
-"Je saurais ce qui t'as éloigné de moi, Fye... je saurais ce qui te fais me repousser ainsi..."
Le blond écarquilla les yeux en voyant au bout des doigts de son interlocuteur se former une minuscule étoile de lumière rougeâtre qu'il leva au niveau de son front. Fye voulut crier, voulut essayer de se débattre, pour échapper à ce qui allait suivre. Car il ne le savait que trop bien ce qui allait se passer... ce sort, il l'avait déjà utiliser de nombreuses fois par le passé, et il le connaissait par cœur.
Et lorsque l'homme posa son doigt sur son front, il crut que son cœur allait se briser en mille morceaux. Tous ses souvenirs, depuis son départ de Selesu à aujourd'hui, tous les moindres fragments de sa vie, plus ou moins intimes commençaient à défiler devant ses yeux, tel un film en accéléré qu'il était obligé de regarder, malgré sa réticence, malgré toute sa volonté.
Des souvenirs qu'il sentait se faire aspirer par ce doigt posé sur son front, qu'il sentait quitter son corps. Des souvenirs aussi bon que mauvais. Mais des souvenirs qui lui appartenaient à lui et à lui seul, que personne d'autre que lui ne devrait voir, qu'aucune autre personne n'aurait dû voir. Le secret d'un cœur gelé qui avait commencé à se réchauffer.
Et au bout d'une éternité, quand ces images eurent fini de tourner dans son esprit, tout s'arrêta brusquement. Tout. Aussi bien le flot d'image que la force qui le maintenait accroché au mur. Et il tomba lourdement sur le sol, sans un mot, sans un bruit.
Son esprit avait cesser de fonctionner, ces images l'ayant précipité encore plus bas dans les profondeurs, encore plus loin dans la souffrance, la détresse... Il avait une furieuse envie de pleurer, de faire échapper cette douleur de son corps, de n'importe quel moyen, d'évacuer ce flot d'émotion qui semblait vouloir le noyer jusqu'à ce qu'il ne puisse plus respirer.
Et soudain, un rire cynique retentit dans le silence de la pièce, se répercutant sur les murs froids et humides. Le blond se recroquevilla un peu plus sur lui-même, voulant ignorer cet être qui venait de lui briser le peu de chose auxquelles ils pouvaient se raccrocher.
-"Alors c'était ça?" s'exclama t'il soudain d'une voix encore secouée d'un reste de rire. "Je ne devrai pas m'étonner pourtant..." Il cessa de rire, et revint vers le blond avant de s'agenouiller devant lui, lui faisant tourner le visage pour le forcer à le regarder. "Ce brun compte donc tellement pour toi?"
Le mage écarquilla les yeux lorsque le visage de l'homme commença à changer, ses traits s'étirant pour en former de nouveaux, ses yeux changeant peu à peu de couleur, de même que ces cheveux. Et bientôt, un visage bien connu apparut devant le blond. Un visage bien trop connu, le regardant de ces yeux rouges, un sourire acerbe collé sur les lèvres.
Et dans cette terreur muette qui parcourait désormais chaque parcelle du mage, un soupir traversa ses lèvres, un murmure, à peine audible, mais dans lequel pouvait se lire toute sa détresse. Juste un mot, qui s'échappa d'entre ses lèvres crispées par la peur.
-"Kuro..."
Le sourire sur le visage du brun s'élargit un peu plus, avant que son visage ne rechange de forme, reprenant sa forme originale avant qu'il ne se relève avec un nouveau rire sous le regard perdu du blond, dont ce visage avait visiblement fini de consumer le reste de sa raison.
-"Tu m'avais déjà trahi auparavant... tu nous avais déjà trahis pour Ashura... Et maintenant tu recommence..." Il s'approcha de la fenêtre, fixant de son regard vif à travers la fine couche de verre l'étendue d'arbres qui s'étendait en dessous d'eux, explorant chaque détail, comme voulant les imprimer dans son esprit. Il s'écoula à nouveau quelques secondes dans le silence troublé uniquement par la respiration hachée du mage.
-"Quelque part...n'est-ce pas..." souffla t'il en regardant les arbres, les yeux perdues dans le vide.
Le blond releva brusquement la tête en sa direction, ne comprenant que trop bien ce qu'impliquaient ces paroles, ne comprenant que trop bien ce qu'il adviendrait tôt ou tard.
-"Non..." souffla t'il faiblement, fermant les yeux, déjà près à accepter l'inéluctable, déjà prêt, une fois de plus, de se plier à son sort. Il était déjà trop tard, et il le savait. Une fois de plus, Fye le vit se retourner vers lui, lentement, mesurant chacun de ses mouvements avec une lenteur calculée. Il regarda un instant cette forme entièrement repliée sur elle-même, tremblant de tout son corps, n'ayant plus une once d'énergie en elle.
Et son sourire ne fit que s'élargir un peu plus devant ce spectacle, devant ces yeux qui le regardaient, le suppliant implicitement de le laisser en dehors de ça. Parce qu'il savait que le meilleur moyen de l'atteindre, c'était de le toucher, lui. Ce brun qui s'était trop rapproché de Fye, et qui devait maintenant disparaître pour que le blond revienne enfin à lui et à lui seul.
-"J'ai quelque chose pour toi avant de partir, Fye..." Le mage le sentit appeler sa magie, et quelques secondes plus tard, les mur de la pièce commençaient à tourner devant ses yeux, commençant à prendre une autre apparence tout comme l'avait fait l'homme lui-même à peine quelques instants auparavant.
Tout disparu, le lit, et les quelques meubles qui s'y trouvaient, ne laissant qu'un grand vide au milieu d'une pièce dont les murs étaient maintenant fait de glace. La fenêtre disparue à son tour, ne laissant alors qu'un faible trou munis de barreaux, ne laissant passer qu'une faible partie de la lumière du soleil, juste assez pour ne pas se retrouver dans une obscurité totale.
Une prison que Fye ne connaissait que trop bien, dont il connaissait les moindres recoins, de laquelle il avait fait le tour mille et une fois, de fait d'y avoir vécu. Une vie qu'il voulait oublier, mais qui le rattrapait désespérément à chaque fois qu'il semblait enfin prêt à couper les ponts. Une prison qui avait hanté son sommeil durant des années, qui l'avait poursuivi durant ses journées. Où chaque jour, il avait l'angoisse de se réveiller et de se retrouver dans cet endroit de cauchemar.
Un cauchemar... tout cela ne pouvait être que cauchemar. Il allait se réveiller en tremblant, deux bras puissant aller enserrer sa taille et le ramener contre un torse rassurant pour qu'il puisse évacuer sa peur, qu'il puisse juste laisser libre cour à ses émotions. Juste se laisser aller. Qu'on allait lui murmurer à l'oreille des mots rassurant, des mots qui allait évacuer sa peine, sa peur, sa douleur. Qu'on allait tout simplement prendre soin de lui.
Il allait juste se réveiller de ce cauchemar qui durait depuis trop longtemps et duquel il voulait s'échapper, tel un oiseau en cage qui recherche la liberté..
-"Tu vois Fye..." souffla l'homme d'une voie satisfaite tandis que le blond se recroquevillait encore un peu plus sur lui-même, cherchant à se protéger de ce monde qui voulait juste le détruire, qui ne cherchait qu'à briser un peu plus son esprit. "Tu avais beau nous cacher ton passé, maintenant, je sais..."
-"Ri...ichi..."
Sur ces mots, il se retourna, sans un regard vers son prisonnier, sans que le moindre sentiment, de culpabilité, de remords, ou juste d'empathie ne lui traverse l'esprit, concentré sur ce qu'il avait désormais à accomplir. Le bruit de la porte se fit à nouveaux entendre, mais le blond resta ainsi, sans bouger, n'ayant même plus la force de faire couler ses larmes.
Seule une chose traversait encore ses pensées. Une simple petite phrase, quelques mots, qui lui permettait encore de s'accrocher à une réalité, qui l'empêchait de sombrer dans ce gouffre sans fin. Juste une phrase.
"Je ne te laisserai pas, Fye..."
Ses poings se resserrèrent tandis qu'il sentait son esprit glisser vers l'inconscience, seul échappatoire pour échapper à son cauchemar, seul moyen qu'il lui restait pour continuer à espérer, pour continuer à croire. Et avant que ses yeux ne se ferment définitivement, encore quelques mot franchirent le seuil de ses lèvres, une supplique, un appel à l'aide envers cet homme qui avait juré de le protéger, en qui il souhaitait croire plus que tout. Juste deux simples mots contre une vie.
-"Kuro...chan..."
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