Il poussa finalement la porte avant de se précipiter vers l'homme qui était assis au centre de la pièce, en train de parler avec plusieurs personnes. Le visage sérieux, comme préoccupé, il ne vit l'enfant approcher que lorsque celui-ci l'appela bruyamment.
-"Ashura!!" cria le petit blond en se précipitant vers lui. L'homme tourna la tête vers lui et ne put s'empêcher de sourire en voyant l'enfant courir vers lui, les joues rouges et la respiration saccadée comme s'il venait de courir un marathon. Il se retourna ensuite vers les trois hommes qui étaient à ses cotés.
-"Vous pouvez vous retirer, nous en reparlerons plus tard".
-"Bien, Ashura-ô." Répondirent-ils simultanément, s'inclinant avant de quitter la pièce sans un regard vers l'enfant, ce dernier s'étant arrêté devant le trône, les mains appuyées contre ses genoux, reprenant difficilement son souffle sous le regard amusé du brun.
-"Que voulais-tu, Fye?" demanda Ashura lorsque plus personne à part eux ne se trouvait dans la pièce.
-"Pourquoi j'ai pas le droit de sortir? Je m'ennuie! Y'a rien à faire ici!" Le brun sourit tendrement devant le visage de l'enfant, la mine boudeuse. Cela faisait un an qu'il l'avait recueilli, et même s'il avait parfois des réactions matures pour son âge, il restait malgré tout un enfant de onze ans adorable et attachant.
-"Je te l'ai déjà expliqué Fye." dit le roi en se levant et venant s'agenouiller devant le blond pour se mettre à sa hauteur en passant une main amicale dans ses cheveux. "Tu ne dois pas sortir du château sans moi, c'est dangereux pour toi" continua t'il en reprenant un visage sérieux.
-"Alors viens avec moi!" s'exclama l'enfant en attrapant sa manche, la tirant pour le faire se lever et le suivre. Le brun fronça les sourcils.
-"Arrête Fye..."
-"Mais ça fait tellement longtemps que tu n'as pas joué avec moi!" se lamenta le blond en tirant un peu plus fort sur la manche.
-" Tu sais bien que depuis la mort de Père, je n'aie plus une seconde." Fye lâcha immédiatement son ainé, baissant la tête, comme honteux.
-"Je suis désolé..." murmura t'il. Il s'apprêtait à faire demi-tour et repartir comme il était arrivé, en trombe, mais une main attrapa doucement son visage, le forçant à relever la tête.
-"Pourquoi t'excuses-tu?" interrogea le brun, ancrant son regard dans celui de l'enfant.
-"Je... Je suis désolé! Je... je ne pense qu'à moi et... et tu dois être triste pour ton père et je..." un doigt se posa sur sa bouche, et il se tut immédiatement, détournant une fois de plus le regard comme s'il s'attendait à des représailles.
En effet, environ deux semaines auparavant, le seigneur de Selesu s'était éteint brutalement, laissant le pays dans une paralysie totale. Le trône était alors revenu à son seul descendant, Ashura, qui n'avait alors que seize ans. Appuyé de toute une panoplie de conseillers, il avait repris les rênes du royaume, lui permettant de renaître après ces quelques jours de trou noir.
-"Ce n'est rien. Je vais devoir m'absenter durant une semaine, après je resterai avec toi."
-"Tu t'en vas?" demanda Fye, le regard triste.
-"Oui."
-"Tu me promets que tu joueras avec moi quand tu reviendras?" insista t'il, le regard brillant d'espoir.
-"Oui." Le blond sourit jusqu'aux oreilles avant de sauter au cou du roi qui le prit dans ses bras avant de se relever.
-"Tu dois me promettre que tu ne sortiras pas pendant mon absence." Prévint-il.
-"Mais je...
-"Fye." Le blond finit par céder et acquiesça avant qu'Ashura ne le repose à terre. "Maintenant retourne dans ta chambre." Le blond lui sourit une dernière fois avant de s'élancer vers la porte joyeusement et de disparaître derrière le mur. Ashura le regarda s'en aller, le suivant des yeux, un sourire indéfinissable collé sur les lèvres, le regard perdu dans le vide, songeant à Fye et ce qu'il allait devenir dans les années futures, et à un avenir qu'il espérait proche.
Fye sortit de la salle du trône, pas entièrement convaincu de la discussion qu'il venait d'avoir. Encore une fois, Ashura allait s'en aller et le laisser seul... Cela n'arrivait pas très souvent, pour le moment, mais à chaque fois, le blond se retrouvait alors seul, à errer dans les couloirs du palais.
Un an. Un an depuis qu'Ashura l'avait sorti de cet enfer qu'était sa vie jusqu'à ce jour. Un enfer qu'il avait vécu au quotidien, toujours rejeté, toujours accusé de crimes qu'il n'avait pas commis, pas consciemment, pas volontairement.
Une seule personne lui avait tendu la main. Le seul petit rayon de lumière qu'il avait aperçu. Une main qu'il avait prise, et qui l'avait amené ici, dans ce palais. Mais malgré tout, peu de personne le voyait comme une enfant normal... beaucoup de regards, cachés pour la plupart, des personnes craignant la réaction du roi, des regards de haine, de peur...
Mais il s'en fichait maintenant. Il savait qu'une personne lui faisait confiance, il cela lui suffisait. Même s'il regrettait parfois de devoir rester enfermé entre quatre murs. Depuis le premier jour, Ashura lui avait interdit de ressortir. Il lui avait expliqué que c'était dangereux pour lui, que les villageois pourraient devenir violents avec lui...
Il s'y était habitué, depuis le temps... Mais il ne comprenait toujours pas.
Au fil de ses pensées, ses pas le menèrent devant la porte de sa chambre, qu'il regarda sans pour autant franchir. Il hésita quelques secondes avant de finalement continuer son chemin en direction de la bibliothèque du palais, cet endroit qu'il avait découvert avec émerveillement, et où il passait la moindre seconde libre de son temps.
Il marcha encore quelques minutes dans les allées vides, avant d'arriver devant les portes de la bibliothèque, qu'il poussa sans aucune seconde d'hésitation. Aucune personne ne se trouvait à l'intérieur, comme à l'habituelle. C'était un endroit peu fréquenté par les habitants du palais, et Fye ne croisait presque jamais personne, ce qui ne le dérangeait pas plus que ca.
Il erra quelques instants aux travers des étagères, fixant les nombreux livres, cherchant celui qu'il regarderait aujourd'hui, et pencha finalement pour un des nombreux livres de magie de niveau supérieur qui trônait au centre de la pièce.
En possession du livre, il alla ensuite s'asseoir à une petite table près de la fenêtre, observant un instant le paysage, la neige qui tombait sans jamais s'arrêter, recouvrant pour l'éternité ce pays destiné à finir sous la glace, avant de se plonger dans la lecture du livre.
Il déchiffrait avec facilité l'écriture si fluide qu'était celle des habitants de ce pays, déchiffrant les différentes formules qu'expliquait le grimoire, les comprenant pour la majorité. Il avait toujours été doué en magie, depuis son plus jeune âge. Un peu trop même. C'est ce qui lui avait valu la haine de ses parents, de son village, et de toutes les personnes qu'il avait croisées jusque là. Tout ça parce que sa magie était trop puissante pour qu'il puisse la contrôler.
Depuis qu'il était arrivé dans ce château, il avait pris des cours avec le maître du conseil des mages, apprenant chaque fois un peu plus de maîtrise, gagnant chaque fois un peu plus de puissance. On lui avait dit que sa magie dépasserait un jour celle du roi s'il la développait correctement. Mais à quoi peut servir cette magie quand elle n'attire que haine et souffrance?
Mais malgré tout, Ashura l'avait forcé à la pratiquer quotidiennement sous la surveillance de différents mages du palais, malgré sa volonté de ne plus l'utiliser, malgré sa réticence, il l'avait convaincu de continuer. Et maintenant, au bout d'une année, sa puissance dépassait presque celle de tous les mages de la cour.
La fin d'après-midi passa vite aux yeux de l'enfant, absorbé dans sa lecture, retenant le moindre mot de chaque phrase, imprimant les pages dans sa tête. Et ce n'est que lorsque la lumière ne fut plus que simple éclat à l'horizon que Fye alla remettre le livre là où il l'avait trouvé et reparti. Il avança quelques minutes dans les couloirs avant de rejoindre sa chambre et de, cette fois, y entrer.
Il se pencha à nouveau un instant à la fenêtre, observant l'entrée du palais, cette entrée par laquelle partirait Ashura demain, cette entrée à laquelle il n'avait pas le droit d'aller, où il n'avait pas le droit de sortir, même de quelques pas.
Il poussa un léger soupir et alla s'allonger sur son lit, fixant le plafond en attendant que le sommeil ne vienne le chercher, ce qui ne tarda pas, et il s'endormit en pensant au lendemain, pensant que se serait un jour bien morne.
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La nuit passa bien vite, seul le bruit du vent résonnant dans les ténèbres du château. Mais ce ne fut que lorsque les premiers rayons de soleil percèrent au travers des carreaux recouverts d'une fin voile de neige que Fye ouvrit des yeux encore ensommeillés. Il mit quelques minutes avant de se lever et de s'approcher de sa fenêtre pour observer l'attroupement qui se tenait à l'entrée du palais.
Des dizaines de serviteurs s'activaient autour du roi, monté sur un destrier aussi noir que ses cheveux, frottant le sol de son sabot en un geste nerveux. Fye observa un instant cette silhouette si noble, espérant intérieurement qu'Ahura se retourne et regarde en sa direction.
Plusieurs minutes passèrent, de nombreux individus à cheval vinrent rejoindre le roi, formant une escorte d'une trentaine de personnes, et pas une fois le brun ne jeta un regard dans sa direction, pas une fois ses yeux ne se levèrent vers cette fenêtre, même s'ils savaient surement que derrière elle, un jeune garçon attendait ce regard presque avec désespoir.
Mais il finit par partir, suivit par sa garde rapproché sous les yeux de multiples personnes du palais, et plus loin, sous les yeux des villageois qui l'acclamèrent sur son passage. Et surtout, sous les yeux d'un enfant déçu, qui le regarde s'en aller en soupirant jusqu'à ce qu'il ne soit plus qu'un point à l'horizon en se disant qu'une longue semaine s'annonçait.
Il resta devant la fenêtre, regardant la foule se disperser en se demandant ce qu'il allait pouvoir faire. La bibliothèque s'imposa presque immédiatement dans son esprit et il poussa un soupir résigné, avant de sortir de sa chambre et de se diriger vers cette dernière qu'il atteint sans croiser âme qui vive.
Encore une fois, il se promena dans les rayons pendant quelques minutes avant de choisir un livre et d'aller s'asseoir à la même table que la veille, profitant par la même du paysage qu'offrait la vue sur l'extérieur avant de se plonger dans sa lecture.
Cette fois-ci, son choix s'était porté sur un roman dont les enfants raffolent, ceux dont une personne tout à fait ordinaire se retrouve avec des dons spéciaux et part explorer le monde, explorer ces pays nouveaux et encore inconnus et finissent par tous les moyens inimaginables par sauver le monde...
Cela faisait longtemps que Fye avait cessé d'y croire, avait renoncé à ces rêves qui donnaient de l'espoir aux personnes de son âge. Il avait compris bien trop tôt que la vie ne réservait jamais rien d'extraordinaire, et que la naissance déterminait à jamais la condition de vie d'une personne.
Un simple paysan ne finirait jamais roi et un roi ne finirait jamais simple paysan. Tout était aussi simple que ça, ce n'était qu'une question de chance.
Il feuilleta longuement les pages, seulement à moitié absorbée par sa lecture, s'imaginant en parallèle à quoi pouvait bien ressembler l'extérieur de son pays. Cela faisait plus d'un an qu'il n'avait pas mis un pied dehors, et cela le rendait parfois mélancolique. Tout ce qu'il pouvait voir de ce monde qu'il ne connaissait pas, était les seuls endroits qu'il pouvait apercevoir des fenêtres, il ne pouvait observer autre chose que cette neige tombant inlassablement sur ces contrés.
Et pourtant, il ne rêvait pas tant que ça de liberté. Il aurait simplement voulu pouvoir vivre comme les autres, libre de pouvoir aller où bon lui semblait, libre de pouvoir décider de ses actes. De tous ses actes.
Juste pouvoir sortir.
...
Mais qu'est-ce qui l'en empêchait réellement? Sa promesse à Ashura, bien sur... Mais autrement? Qu'est-ce qui l'en empêchait? S'il sortait maintenant, qui le saurait? Personne ne se douterait de quoi que ce soit s'il sortait maintenant, personne ne lui poserait de question sur quoi que ce soit.
Il leva le nez de son livre, observant avec un intérêt nouveau cette fenêtre qui marquait les limites de son existence.. Il se leva et sortit de la pièce sans prendre la peine de remettre le livre à sa place, se dirigeant avec un mélange d'appréhension et de curiosité vers la sortie arrière du palais, ne croisant personne dans les couloirs, à croire que ce château était abandonné.
Enfin, il ne croisa personne à qui il fit attention, car il croisa en effet de nombreuses personnes, au détour des couloirs, dans les ombres des tournants, le fixant d'un œil malavisé. Des regards qu'il ne vit pas, continuant son chemin sans se soucier de ces ombres qui le suivaient en silence, surveillant le moindre de ces mouvements.
Il arriva enfin devant une des entrées, la plus petite, la plus discrète, que personne n'empruntait jamais sauf en cas d'urgence. Juste ce qu'il fallait à cette enfant en recherche de liberté, à cet oiseau voulant quitter sa cage.
Il s'avança d'abord prudemment dans la neige, comme s'il craignait son contact, doucement, un pied après l'autre, avant de finalement s'élancer en courant vers l'extérieur, un grand sourire ornant son visage.
Il s'éloignait peu à peu du château, ne faisant pas attention à l'endroit où le menait ses pas, profitant de ce vent qui lui fouettait le visage et engourdissait ses membres, retrouvant ce semblant de liberté qu'il cherchait depuis maintenant quelques temps.
Mais un semblant seulement. Car inconsciemment, il savait qu'il ne devait pas trop s'éloigner, et gardait toujours un œil sur le château derrière lui, ne s'éloignait jamais au point de le perdre de vue. Une liberté qui avait tout de même ses limites, quelles qu'elles soient. Il ne pourrait pas rester éternellement ainsi, dehors, à courir jusqu'à en perdre haleine.
Tout au plus, il pourrait y rester jusqu'à ce que le roi revienne. Mais même avant ce jour, il n'aura pas d'autre choix que de revenir dans sa prison de verre. Ne serait-ce que pour se nourrir. Il ne pouvait pas survivre seul ainsi dehors et il le savait.
Il finit par arrêter sa course folle et s'appuyer contre un des rares arbres du paysage, le souffle court, exténué, mais ravi. Il regarda un instant le paysage autour de lui. Que du blanc à perte de vue, une légère fumée s'échappant du village qui se trouvait non loin avant de disparaître dans le ciel gris crachant ses flocons.
Qu'allait-il faire, maintenant qu'il était dehors? Il n'y avait pas pensé, et la question s'imposait de force dans son esprit. A quoi bon sortir l'on ne peut rien faire à l'extérieur? Il observa un peu plus la fumée. Il ne pouvait pas se rendre dans un village. Il avait peur de la réaction que pourrait avoir les personnes qui y habitait... et se sachant seul, il n'avait pas envie de courir le moindre risque.
Baissant la tête, il poussa un léger soupir. Qu'est-ce qui lui avait pris, de s'élancer ainsi? De partir tête baissée dans ce monde où il ne connaissait rien? Cela ne lui ressemblait pas, pourtant. Qu'avait-il espéré en faisant ça...? Un miracle, peut-être... Mais quoi exactement? Il n'en avait pas la moindre idée.
Il tourna la tête en direction du château, en reprenant le chemin du retour, traînant les pieds avec résignation. Il n'aurait pas dû venir. Il n'aurait pas dû sortir pour qu'au final, cela ne lui serve qu'à comprendre qu'une fois de plus, son espoir s'été avéré vain. Qu'à nouveau, il se retrouvait déçu, désabusé, lassé que tous ses rêves ne soient que des chimères, condamnés à n'être qu'illusion et désillusion.
Il s'avançait lentement vers le château, qui se rapprochait à un rythme qu'il trouvait inlassablement long, n'ayant pas souvenir de s'être autant éloigné. Comme si plus il se rapprochait, plus le bâtiment s'éloignait de sa propre volonté, le punissant pour avoir essayer d'échapper à son destin.
Et brutalement, alors qu'il avait effectué la moitié du chemin, il se heurta violemment à un objet et tomba à terre, sonné. Il se releva en chancelant un peu, regardant autour de lui ce à quoi il avait pu se heurter. Rien... A des kilomètres à la ronde.
Intrigué, il s'avança lentement dans la direction qu'il avait suivie avant d'à nouveau se heurter à un mur invisible. Surpris, il posa ses mains sur ce qui lui bloquait le passage, le longeant, cherchant à passer. Mais il avait bien vite deviné que la nature de ce "mur" n'était autre que magique...
Voyant qu'il n'y avait aucune faille, et qu'il n'avait pas d'autre choix pour pouvoir passer, il concentra son pouvoir dans ses mains, faisant briller ses paumes d'une éblouissante lumière blanche. Au bout de quelques secondes, il posa ses paumes à plat sur l'obstacle magique qui se dressait sur sa route, et un retentissement brisement de verre se fit entendre tandis que de milliers de morceaux de cristal tombaient dans la neige sous le regard quelque peu embrumé de l'enfant.
Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas dépensé autant d'énergie d'un seul coup. Observant d'un regard vide les quelques morceaux qui n'avaient pas encore disparu en rentrant en contact avec la neige, il cligna plusieurs fois des yeux avant de se remettre à avancer d'une démarche hésitante, devant se concentrer pour ne pas perdre l'équilibre.
Et, tellement concentré qu'il était, il ne vit pas s'approcher derrière lui les quelques silhouettes qui le suivaient déjà depuis un certain temps, et ce n'est que lorsque l'une d'entre elle posa la main sur son épaule qu'il s'aperçut qu'il n'était pas seul.
Mais trop tard. Fye sursauta brusquement, mais avant qu'il ne puisse faire le moindre geste pour se retourner, il sentit une grande fatigue s'emparer de son corps, et il ne fallut que quelques secondes avant qu'il ne s'effondre dans la neige, profondément endormi.
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Fye se réveilla avec une douleur lancinante parcourant tout son corps, l'empêchant de bouger, lui interdisant tout mouvement brusque. Il sentait son corps lourd, comme si la gravité avait soudainement augmenté, et se retrouvait entièrement immobilisé au sol, recroquevillé sur lui-même en essayant de calmer les tremblements de froid qui parcouraient son corps.
Il ouvrit lentement les yeux en sentant une douleur plus forte que les autres au niveau de ses côtes et se rendit alors compte qu'il se trouvait dans un endroit qui lui était inconnu. Pris d'un soudain excès de panique, il tenta de se relever, mais s'effondra un peu plus loin sur le sol en haletant.
Restant allongé à terre, n'ayant pas d'autre choix, il tenta tant bien que mal de détailler l'endroit où il se trouvait. Une pièce sombre, dont les murs était fait de glace, comme s'ils étaient creusés à l'intérieur, des pics acérés dépassant des murs, laissant parfois quelques taches pourpres ressortir sur ce fond blanc.
Quelques rayons de lumière venaient éclairer la pièce, venant visiblement d'un trou creusé à même la glace, une fente à peine plus grande que la tête de l'enfant blond qui gisait au sol, la peur prenant peu à peu possession de son esprit. Il ne savait pas où il était, il ne savait pas depuis combien de temps il y était. Et surtout, il se retrouvait seul.
Un courant d'air fit le tour de la pièce, et Fye frissonna en sentant ce vent froid sur sa peau humide de sueur. Il tenta à nouveau de se relever, s'aidant du mur pour ne pas s'effondrer à nouveau au sol, et s'approcha de ce qui servait de fenêtre, laissant une meilleure prise au vent qui soufflait entre les barreaux de glace, gelant son visage, glaçant ses os.
Mais il n'y avait rien non plus derrière cette fenêtre, au-delà de ce trou dans la glace... Juste une grande étendue enneigée, comme celles qui recouvrent le pays sur des kilomètres à la ronde. Rien, ni personne...
Découragé, le jeune blond se rassit à terre, se laissant tomber brutalement sur le sol avant d'enfouir sa tête dans ses bras. Qu'allait-il faire, maintenant? Il était prisonnier d'un endroit dont il ne connaissait rien, seul, sans personne à qui demander de l'aide, une aide qui lui aurait été de toute façon refusée.
Il laissa cour à sa peine, de minces larmes coulant le long de ses joues, résultats de sa frustration, de cette accumulation de ressentiment de haine et de peur depuis qu'il était arrivé dans le château. Cette pression qu'il n'arrivait plus à accumuler, qu'il finissait finalement par laisser échapper de la seule façon qu'il connaissait. Il avait juste finit par craquer.
Des heures passèrent, une éternité pour le petit corps recroquevillé dans cette prison qui se laissait peu à peu aller au désespoir et à la peine, qui se laissait glisser le long de ce précipice, ne trouvant aucune prise à laquelle se raccrocher pour freiner sa chute.
Il fut brusquement tiré de ses réflexions par un sourd grincement qui lui fit relever la tête pour voir un jeune homme entrer dans la pièce. Jeune homme qui prit soin de refermer la lourde porte par laquelle il était entré avant de se tourner vers Fye et de l'observer de haut en bas, semblant le détailler entièrement.
Fye esquissa un mince mouvement de recul, hésitant sur la conduite à tenir, se demandant qui était ce garçon qui venait d'entrer et qui ne semblait pas beaucoup plus âgé que lui. Fye l'observa en silence. Il avait une taille supérieure à la sienne, au moins une tête, il portait un uniforme dont le blond ignorait la signification, composé d'un haut noir, sur lequel était cousu certaines formes abstraites d'un vert foncé qui mettait en valeur des yeux noirs encadrés par quelques mèches de cheveux aussi blancs que la neige qui lui tombaient jusqu'aux épaules.
Fye ne savait pas quoi faire, ses sentiments envers ce garçon étant mitigés, mêlant à la fois appréhension, peur, intrigue, surprise... Tant de chose contradictoire qu'il ne savait plus quoi penser.
-"Alors c'est toi?" finit par demander le garçon qui était entré en s'appuyant contre le mur. "Le fameux monstre dont tout le monde parle." Fye fronça les sourcils en entendant cette appellation qu'il détestait tant et qui était pourtant des plus courantes. Et devant ce regard qui mêlait à présent colère et tristesse, le garçon sourit gentiment.
-"Ne me regarde pas comme ça, je ne fais que répéter ce que j'entends. C'est ce qu'il raconte, là dehors. Qu'ils ont enfin réussit à se débarrasser du monstre que le roi avait recueilli."
-"Je ne suis pas un monstre." Rétorqua le blond d'une voix froide, enfouissant à nouveau sa tête dans ses bras, décidant de l'ignorer comme il avait déjà ignoré tant de monde auparavant.
-"Si tu n'es pas un monstre, alors qui es-tu?" le blond releva la tête, étonné par la question.
-"Je..." Il regarda son interlocuteur, perturbé par cette interrogation qu'il ne s'était jamais posée lui-même. Qu'était-il réellement? Qu'était-il pour lui, et non pour les autres? Il avait toujours était considéré comme un monstre, comme une nuisance, par ses proches, et par toutes les personnes qu'il ne connaissait pas. Mais qu'était-il pour lui?
Et devant cette question, il resta sans voix.
-"Mais tu n'y ressembles pas pourtant. Je me demande ce que tu as fait pour te retrouver ici."
-"Où sommes-nous?" demanda Fye, détournant la conversation, se rembrumant à la mention de son passé dont il préférait ne pas se souvenir et encore moins en parler à un simple inconnu.
-"Tu ne le sais pas? Je pensais que tu avais compris. Nous sommes dans la prison du royaume réservée aux criminels les plus dangereux. Je n'avais pas imaginer avoir à faire à un enfant en venant ici. Pas aussi jeune en tout cas."
Le blond resta silencieux, réfléchissant. En prison? Oui, ça il s'en était douté, pas besoin d'être une lumière pour comprendre. Mais il ne savais pas laquelle. Bon, c'est pas comme si les prisons étaient répandues dans Selesu, il n'y en a pas à tous les coins de rues. Mais savoir qu'il se trouvait dans celle-là bien précisément lui faisait un choc.
Il n'avait jamais imaginé qu'il aurait pu se faire enfermer ainsi. Pas pour ce qu'il avait commis, pas pour ces actes involontaires, pour ces choses dont il n'était pas responsable.
Mais après tout, la seule raison pour laquelle il ne s'était pas retrouvé ici plus tôt, c'était uniquement parce qu'Ashura avait veillé sur lui. Il est vrai que dans toutes les situations où le blond s'était retrouvé en difficulté, lors de son arrivée au palais, face à des domestiques, face à des mages ou d'autres personnalités importantes, Ashura était toujours arrivé pour l'aider et pour le sortir des situations délicates.
Ashura... Fye releva la tête vers la l'ouverture, regardant le vent souffler. Comment allait-il réagir quand il apprendrait qu'il lui avait désobéi, qu'il était sorti, malgré ses interdictions? Et puis, allait-il le remarquer, au final? Peut-être que sa disparition allait passer inaperçue.
-"Le roi n'est pas rentré au royaume." dit le garçon comme s'il avait suivi les pensées de l'enfant. "Cela fait deux jours qu'il est parti, il ne sera pas de retour tout de suite."
Fye leva vers lui un regard déçu, le fixant avant de baisser la tête. Un silence s'installa entre eux, un silence qui étrangement, ne rendait pas l'atmosphère plus lourde, un silence quelque peu apaisant pour le blond qui était, au fond de lui, réconforté que quelqu'un soit là, avec lui. Et durant plusieurs minutes, seul le bruit du vent soufflant au travers des barreaux ne résonnait au travers de la pièce.
-"Tu n'es pas très bavard, dis-moi." finit par dire le garçon, brisant le silence. "Tu ne veux même pas me dire ton nom?" Fye resta silencieux, ne relevant même pas la tête. "Cela signifie que tu préfères que je t'appelle comme les autres? Monstre? Je peux le faire si c'est ce que tu désires, mais je ne pense pas que cela te convienne."
-"Fye" murmura t'il.
-"Quoi?"
-"Je m'appelle Fye."
-"Fye... c'est un joli nom. Je me nomme Riichi."
Le blond releva la tête, le fixant de ses yeux azurs avec interrogations. Une interrogation silencieuse à laquelle Riichi répondit par un de ses sourires.
-"Tu te demandes ce que je fais ici, n'est-ce pas?" Fye hocha faiblement la tête. "C'est juste que je ne pense pas que la place d'un enfant soit dans un tel endroit."
-"Pourquoi?" interrogea le blond en soutenant son regard ébène. "Tout le monde me considère comme une personne dangereuse. Pourquoi ma place ne serait-elle pas ici?"
-"Ce n'est pas parce que tout le monde te considère comme un monstre que tu en es un. La jalousie est bien trop souvent un motif de rejet en ce monde."
-"Mais toi aussi, non? Tu es comme les autres."
-"Je n'ai en aucun cas le droit de te juger. Je ne te connais pas, je ne peux pas juger de tes actes. Et tu n'es encore qu'un enfant. Même si tu as commis des actes pouvant être discutables, tu n'en as pas forcement la responsabilité."
Le blond écarquilla les yeux. A part Ashura, personne ne l'avait encore jamais traité comme un être humain à part entière. Depuis toujours, il avait été rejeté, rabaissé, dénigré. Et maintenant qu'il en était là, qu'il payait pour ses crimes en se retrouvant dans cet endroit, il se retrouvait en face d'une personne qui le voyait enfin comme ce qu'il était, un enfant de onze ans qui a toujours vécu seul.
Lentement, Riichi s'approcha de lui et posa une main sur son front. Par reflexe, Fye esquissa un mouvement de recul, mais le garçon n'y fit pas attention.
-"Tu as l'air frigorifié." Dit-il simplement en détachant sa cape. "Tiens, prend ça." Il lui tendit le vêtement, mais Fye se contenta de le regarder sans pour autant faire un geste pour prendre ce qui lui était offert. Voyant que le blond ne bougeait pas, Riichi plaça lui-même sa cape sur les épaules de l'enfant qui s'agrippa presque instantanément à elle.
Riichi s'assit près du blond, restant silencieux, l'observant en silence avec intérêt tandis que Fye restait recroquevillé sur lui-même avec cette cape qu'il resserrait presque à s'étouffer.
Quand on touche le fond, il n'est pas possible de descendre plus bas, on ne peut que remonter.
C'est ce que Fye avait ressenti à ce moment, même s'il n'avait pas trop compris pourquoi. La présence de ce Riichi lui était réconfortante, même s'ils restaient tous deux cloitrés dans leur silence. Parfois, une paroles perçait au milieu de ce calme, une question une phrase. Même si les réponses n'étaient pour la plupart du temps inexistantes.
Après de nombreuses minutes, peut-être même plusieurs heures, quand dehors, seul la nuit et la neige régnaient en maître, Riichi se releva, adressant un dernier regard au garçon qui ne releva même pas la tête, et reparti comme il était arrivé, en silence et sans un mot.
Et le blond se retrouva à nouveau seul, avec pour seul compagnon le vent et cette cape que lui avait laissée cet intrigant garçon. Qu'était-il venu faire ici, au final? Fye n'avait pas très bien compris, mais il était quand même heureux. Enfin, comme peu l'être quelqu'un qui se retrouve en prison. Mais tout de même. Il se sentait un peu moins désemparé.
Et alors qu'un flocon de neige venait mourir à devant lui dans cette prison, il sentit ses paupières se fermer, doucement, sans qu'il ne puisse rien y faire. Il sentait la fatigue s'emparer de lui peu à peu, et après un instant de résistance, il glissa dans un sommeil sans rêve, serrant toujours dans ses doigts le tissu gracieusement offert.
Les heures passèrent, ainsi que les jours, que Fye décomptait avec espoir dans sa tête, attendant avec impatience celui où Ashura allait revenir et le sortir de cet enfer. Un espoir et en même temps une crainte. Que ce passerait-il s'il ne venait pas? S'il ne venait pas le sauver, le faire sortir? Resterait-il dans cet endroit jusqu'à ce que mort s'en suive?
Non, il allait venir. Il était toujours venu. Pourquoi cela changerait-il maintenant?
Mais malgré tout, un doute persistait dans son esprit, laissant constamment planer un doute, une peur silencieuse qui ne cédait sa place que lorsque le blond recevait les visites quotidienne de Riichi, qui lui apportait parfois le peu de nourriture auquel il avait droit. Chaque jour, il venait passer plusieurs heures avec lui, et le blond, malgré le peu de paroles échangées, avait finit par s'attacher à ce garçon si mystérieux.
Et il en était presque venu à attendre avec impatience les moments où il allait venir le voir, lui tenir cette compagnie dont il avait tant besoin pour ne pas perdre la tête. Et les jours passaient, tour à tour, dans des silences, dans, à la fin, des discussion où Fye commençait à s'ouvrir à lui. C'était le première personne après Ashura qui l'écoutait, qui le laissait parler, et surtout, ne le jugeait pas en fonction de ses actes, mais de ce qu'il était maintenant, à cet instant.
Et non un juge de la personne de son passé.
Et finalement, le septième jour arriva, celui dont l'enfant se languissait et redoutait tant à la fois. Les secondes semblaient durer une éternité, et il restait collé contre les barreaux, regardant désespérément l'extérieur, essayant de percer ces mystérieuses et inconnues étendues blanches. Mais à part les ombres changeantes du paysage, il ne voyait strictement rien au travers de cette neige tombant perpétuellement.
Et les secondes passaient, se transformant en minutes qui, elles-même, se transformaient en heures. Fye observa longuement la course du soleil dans le ciel, le regardant croitre, désespérément accroché aux barreaux, ses mains et son visage bleus sous l'effet du froid. Et puis le soleil commença à décroitre, lentement, mais surement, sous ce regard empli d'un espoir qui se faisait de plus en plus mince au fur et à mesure que l'astre du jour se rapprochait inexorablement du sol pour mettre fin à son règne.
Et puis, la nuit, qui prend pied sur le jour, une nuit froide, glaciale, finissant de geler à jamais un cœur dont l'illusion venait de s'écrouler. Le garçon se laissa mollement tomber sur le sol, déchiré, brisé par cette attente qui s'était, au final, révélée vaine.
Aucune larme ne vint couler sur son visage, aucune expression de tristesse ne se reflétant dans ses yeux. Juste un désespoir profond, une lassitude sans borne, d'un trahison, encore une fois, de la part de cette personne en qui il avait placé toute sa confiance, tous ses espoirs.
Ses mains desserrèrent lentement la cape qu'il avait jusqu'à présent gardé sur lui, la laissant doucement glisser sur le sol où le vent s'amusa à la faire virevolter un moment avant de revenir agressé ce corps à présent démuni de toute protection, venant gifler son visage, passant dans les moindres passages qui lui étaient offerts.
Et alors que le blond fixait le vide, ne se souciant ni de lui ni du monde qui l'entourait, il sentit soudain une douce chaleur s'emparer de son corps, laissant un peu moins de prise à ce vent qui, comme pour se venger de la perte de sa prise, se mit à souffler un peu plus fort, faisant vibrer les barreaux de glace.
Le blond sentit une main écarter les quelques mèches de cheveux qui s'étaient collé sur son front humide de neige fondue, et il releva doucement ses yeux dans lesquelles ne se reflétait plus qu'ennui et lassitude pour se retrouver face à un regard ébène qui le fixait avec une douce tristesse.
-"Tu l'attendais, n'est-ce pas?" murmura t'il d'une petite voix, comme préoccupé par le manque de réaction de l'enfant. Enfant qui se contenta de fermer les yeux et de détourner la tête. La main dans ses cheveux se fit plus tendre, comme essayant de lui procurer un réconfort quelconque, en vain, avant que Riichi ne le prenne doucement dans ses bras, avec précautions, comme s'il avait peur de le briser.
Fye se laissa faire, et le petit corps grelotant se retrouva bientôt emmitouflé dans un gros manteau brodé de rouge et d'argent, blottit contre un corps dont la chaleur se répandait dans ses membres, traversant sa peau pour atteindre l'intérieur de son être.
-"Tu sais, ce n'est pas à cause de toi qu'il n'est pas venu." Murmura Riichi, observant la tête blonde sur son torse qui se mouvait lentement au rythme de sa respiration. "C'est juste qu'il n'est pas encore revenu au royaume."
Il sentit le corps du blond se crisper, et celui-ci releva la tête vers lui, surpris, mais surtout, retrouvant de la vie dans ses yeux saphir qui s'accrochèrent aux siens avec une lueur mêlant à la fois espoir et craintes, comme si ces paroles n'avaient été qu'un rêve de plus auquel il pouvait se raccrocher avant de choir à nouveau de ce nuage.
Sentant son doute, Riichi lui sourit, un sourire se voulant rassurant, resserrant sa prise sur lui comme pour le protéger de ce monde qui semblait vouloir s'acharner sur lui, offrant sa protection sans rien demander en retour.
-"Où est-il?" interrogea le blond d'une petite voix.
-"Dans un des royaume voisins. Et son déplacement a été rallongé de quelques temps."
Fye rebaissa la tête, déçu, mais en même temps emplis d'un nouvel espoir, celui que le Roi ne l'avait pas oublié, qu'il allait toujours venir le chercher. Un espoir, et en même temps, cette crainte qui ressurgie, reflet d'une attente de chaque seconde, de chaque minutes, d'entendre cette porte grincer pour laisser apparaître sa silhouette majestueuse.
-"Il ne t'aurais pas laisser ici s'il était revenu." Affirma Riichi d'une voix basse, mais dans laquelle se reflétait sa sureté. Et étrangement, le blond se contenta de hausser les épaules, restant silencieux en se blottissant un peu plus contre lui. Malgré ses efforts, il ne parvenait à saisir les pensées de cet enfant qui semblait bien plus mûr que son âge et son apparence ne le laissaient paraître.
-"Il reviendra" se contenta t'il de murmurer en posant son front dans les cheveux de Fye qui se laissa faire, resserrant juste sa prise sur le manteau rouge de son ainé avant de fermer les yeux.
Riichi l'observa, un sourire tendre sur les lèvres, regardant doucement le garçon glisser dans le sommeil, exténué par cette journée forte en émotions, en attente et en déception.
Sa main glissa lentement de ses cheveux à son visage, redessinant tous ses traits avec délicatesse, comme cherchant à les imprimer dans sa mémoire. Il attendit de nombreuses minutes que l'enfant au creux de ses bras soient profondément endormi avant de le déposer sur le sol, prenant garde à ne pas le réveiller, et de le recouvrir de cette cape qui demeurait toujours la proie des courants d'air avant de tourner les talons et de sortir de la pièce en lançant un dernier regard à la silhouette endormis sur le sol.
Les jours suivant défilèrent lentement, Fye restant avec acharnement devant ces barreaux de glace ne laissant passer que froid et neige, comme si cette immobilité pouvait lui donner un quelconque pouvoir d'accélérer le temps, de la faire passer plus rapidement pour échapper à cet enfer.
Et chaque jours, Riichi passait le voir, comme toujours, gardant cette habitude qu'il avait instaurée dès les premiers jours, restant de plus en plus longtemps avec Fye qui s'ouvrait de plus en plus à lui, lui racontant peu à peu ses peurs et ses angoisses, ses rêves...
Et plus Riichi passait du temps avec lui, plus il s'étonnait de l'épanouissement du blond, malgré ses conditions quelque peu particulières de vie depuis ces quelques jours.
Des jours qui se transformèrent rapidement en semaine, pour que finalement un mois ne s'écoule, et Fye oubliait peu à peu ses déceptions journalières, cessant de s'accrocher à ces barreaux avec un nouvel espoir chaque jour, oubliant ses peines, concentré sur cet homme qui était implicitement devenu son ami.
Oui, un ami. Il lui avait fallu longtemps avant de mettre un nom sur ce lien qui s'était petit à petit créer avec Riichi. Un mot simple, de la vie de tous les jours pour tout le monde. Pour tout le monde sauf lui, qui avait toujours vécu seul et isolé. Ce simple mot qu'est l'amitié, pour lequel on pourrait tout et n'importe quoi.
Et pourtant. Pourtant, malgré le fait que Riichi vienne le voir chaque jour, cette journée là, il n'est pas venu. Fye commençait à s'inquiéter, se demandant ce qui pouvait le retenir, imaginant les pires choses qui soient. Au fur et à mesure des jours, lui aussi avait appris sur cet homme. Il était magicien à la cour, et faisait parti des apprentis de l'ordre des mages, assemblée des plus puissants magiciens du royaume., qui œuvrait sous la directive du roi.
Mais il avait surtout appris qu'il venait le voir sans en avoir la permission, qu'il était censé rester sans aucun contact avec l'extérieur. Riichi risquait beaucoup à chacune de ses visites, et Fye lui en était infiniment reconnaissant.
Mais maintenant, il sentait grandir cette boule d'angoisse grandir dans son estomac au fur et à mesure que les minutes passaient aves lenteur. Qu'avait-il bien pu devenir? Peut-être qu'il avait finalement été attrapé? Ou avait-il tout bonnement décidé qu'il ne voulait plus venir... Que c'était devenu une occupation ennuyante, que le blond n'en valait pas la peine.
Il sentit son corps trembler à cette pensée. Non, ce n'était pas possible. Pas Riichi. Il avait dû se passer quelque chose.
Brusquement, il entendit la porte grincer derrière lui, et il se retourna brusquement, retenant sans s'en rendre compte sa respiration. Et il resta figé sur place lorsque la porte s'ouvrit en grand, laissant paraître une grande silhouette devant lui, silhouette qu'il reconnut presque instantanément, qu'il connaissait par cœur.
Cette silhouette qu'il avait tant attendue depuis des jours et des jours, et qui se trouvait enfin devant lui. Et comme si un déclic se faisait dans son esprit, il se précipita brusquement vers cette homme qui n'avait pas bougé d'un centimètre, parcourant cette petite distance, les larmes aux yeux.
-"Ashur..." Il s'arrêta brusquement, coupé dans son élan, son cri mourant dans sa gorge tandis que le souverain baissait les yeux sur lui. Des yeux lourd d'une colère froide, de rancœur, de reproche. Tant d'expression que Fye sentit un frisson parcourir sa colonne vertébrale, lui faisant presque regretter que le roi n'ait jamais franchi cette porte.
Il resta silencieux, attendant que son aîné se décide à parler, attendant ses paroles avec crainte. Il lui semblait que quelque chose avait changé en lui, comme si la personne qui se tenait à quelques pas seulement de lui n'était pas la même que celle qu'il avait quittée un mois auparavant.
Et c'est d'une voix froide, tranchante, qu'il mit fin à toute illusion, qu'il fit bien comprendre qu'il n'était plus seulement cet adolescent et roi de seize ans, mais bien une personne entièrement changée, dans sa manière de penser, dans sa manière d'être.
-"Tu m'as désobéi, Fye."
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-"Tu m'as désobéi, Fye..."
Le Fye en question rouvrit brusquement les yeux, le souffle court, un peu désorienté. Il resta immobile quelques instant, le temps de faire reprendre à se respiration un rythme plus raisonnable, et surtout, de reprendre conscience du lieu où il se trouvait.
Il mit plusieurs secondes à se rendre compte qu'il tremblait de tout son corps, autant de froid que d'effroi. Des tremblements qu'il ne pouvait contrôler, qui l'empêchait d'effectuer le moindre geste. Et malgré tous ses efforts, il n'arrivait pas à se détendre.
Il le sentait dans l'air. Cette tension, cette atmosphère lourde, comme recherchant à asphyxier toute âme qui se serait retrouvé dans cette pièce. Il avait déjà ressenti une telle impression par le passé. Dans un passé lointain.
Mais il ne se trouvait pas à Selesu.Et cela ne pouvait être la même chose. Tout simplement car cet aura était bien particulière. Il ne connaissait qu'une personne capable de faire peser une telle ambiance. Et cette personne se trouvait très loin d'ici.
Enfin, c'est ce qu'il pensait. C'est ce qu'il espérait au plus profond de lui. Il se força à penser à autre chose, à calmer les battements de son cœur. Mais plus il essayait de ne pas y penser, de na pas penser aux images qui venaient de défiler devant ses yeux durant son sommeil, plus elles s'imposaient dans son esprits.
Ces images des temps plus ou moins heureux, ces images de ses souvenirs de son enfances, de son ancienne vie. Du temps où il était encore naïf et où il croyait à la vie, à ce qu'elle pourrait lui apporter. Le souvenir de cette simple phrase, qu'il pensait avoir enfoui au plus profond de son esprit et qui ressurgissait maintenant.
-"Tu m'as désobéi, Fye..."
Une phrase qui marquait le changement de deux vie. La fin de deux vies heureuses qui allaient changer pour toujours. Cette phrase résonnait dans son esprit, se répercutant sans arrêt pour revenir à chaque écho plus forte, plus puissante, comme animée d'une volonté propre, celle d'annihiler toute autre pensée de son esprit, de ne laisser place qu'a la peur, l'angoisse et tout ces autres sentiments dont le blond avait enfin réussi à se débarrasser depuis ces quelques temps.
Jamais il n'avait su ce qui s'était passé durant ce mois qu'il avait passé dans ces cachots humides et froid. Jamais il n'avait pu comprendre cette attitude froide, distante, presque cruelle que le roi de Selesu avait eu envers lui ce jour-là et qu'il n'avait plus jamais changé par la suite.
Que c'était-il passé durant ce mois où il avait quitté le château? Seul les Dieux pouvaient répondre, vu qu'il était revenu seul, sans les gardes qui lui avaient servi d'escorte. Aucun survivant avait-il raconté. Aucun sauf lui.
Et depuis, il avait entièrement changé. Du roi jeune et compatissant pour son peuple, ne recherchant que son bien, il était devenu dur envers cette population qui l'adulait pour sa bonté et sa générosité, commençant à se faire détester, à se faire haïr.
Au château aussi des changements avaient commencé à s'opérer, de nouvelles personnes, venu de continents étranger, pour la plupart des mages que le roi gardait en permanence à ses cotés. Seul le conseils des mages n'avait pas changé. Oh, bien sur, quelques membres avaient mystérieusement disparu, d'autre décédés, mais le roi ne semblait pas décidé à le renouveler, comme s'il n'étaient que la dernière roue du carrosse dans cette royauté changeante.
Un conseil que Fye avait intégré, environ un an après le retour du suzerain, un peu de force car il aurait voulu resté dans l'ombre. Mais Ashura l'avait quelque peu forcé, et il s'était retrouvé parmi les membres les plus importants.
Et il avait vite compris que ce conseil, bien qu'en apparence, fort peu actif dans cette monarchie, n'opérait que dans l'ombre, que chaque membre avait un rôle bien précis sélectionné par le roi. Des agissements dans l'ombre, opérés par des personne dont seul peu de gens connaissent la véritable identité, mais qui, au fil des années, devenait de plus en plus injuste, injustifiés et cruel.
Un changement radical que Fye avait eu du mal à suivre. Tous les mages de ce groupe ne portaient qu'un nom à ses yeux. Des assassins. Des hommes de main s'occupant du sale boulot que le roi ne voulait faire lui-même. Des milliers de personnes ont étés tué ainsi, sans qu'aucun villageois n'en sache la raison exacte, ni les auteurs de ces crimes.
Juste un immense bain de sang. Voila ce qu'était devenu Selesu après le retour de "Sa majesté."
Fye fut brusquement interrompus dans ses lugubres pensées par un faible bruit à ses cotés. Paralysé, il stoppa de respirer, écoutant le silence de sa prison, pour y percer le bruit faible mais régulier d'une respiration.
Il sentit une vague de froid envahir son corps, son regard fiévreux parcourant la pièce avec angoisse, cherchant l'origine de son trouble.
-"Riichi..." murmura t'il faiblement.
Qui cela pouvait-il être d'autre? Personne ne se trouvait ici à part lui, personne ne pénétrait dans sa cellule à part lui. Alors pourquoi tant de peur tout d'un coup?
Et tandis que ses yeux tentait vainement de percer les ténèbres, le bruit de respiration se tut, le laissant à nouveau seul avec lui-même. Fye se crispa, ses poings serrés au point que plus aucune couleur n'ornait les jointures de sa main. Et au moment où il commençait à se dire que tout ça n'était qu'un effet de son imagination, de son cerveau fatigué, quelque chose effleura doucement son visage, le faisant violemment sursauté. Il releva son regard en proie à la panique, et se retrouva face à deux orbes émeraudes perçant les ténèbres, brillant d'un éclat cruel et mauvais.
Des yeux qui le figèrent sur place, glaçant son sang dans ses veines. Ses lèvres s'ouvrirent lentement, mais ne laissant passer aucun son au travers de sa gorge. Une plainte silencieuse, un cri de terreur que ses yeux laissaient paraître à la place de ses lèvres. Un visage pâle, vide de toute couleur, tel un cadavre, un visage sur lequel glissait de longue mèches brunes, redessinant le contour de son visage comme pour l'enfermer dans leur étau.
Et puis un sourire sur des lèvres devant ce spectacle d'un homme terrifié, devant ces yeux apeurés et effrayés, ce visage aussi blanc que la mort, un sourire satisfait, collé sur des lèvres qui se rapproche du visage du blond dont les seuls signes de vie sont les violents tremblements de son corps et ses mains toujours crispé au point que ses ongles ont percé sa chair, laissant s'écouler son sang sur le sol de glace.
-" Tu n'as toujours pas oublié, n'est-ce pas... Fye?" souffla finalement cet homme au creux de son oreille, amplifiant un peu plus les tremblements du corps du mage. Mage qui le fixait sans pouvoir détourner son regard, mage qui vit avec un effroi indescriptible ce vert intense changer progressivement de couleur pour virer au noir, se confondant dans l'obscurité de la pièce, tandis que les cheveux qui effleuraient son visage avec légèreté gisaient maintenant au sol, formant comme une auréole blanche autour de sa tête.
Riichi laissa ses lèvres glissaient le long du visage de l'homme toujours à terre, laissant son souffle caresser sa peau pour finir sa course dans le creux de son cou sans pour autant le quitter des yeux.
-"Moi non plus je n'ai pas oublié... ce jour-là..."
Fye tressaillit brusquement en clignant des yeux, lançant par la même occasion un regard apeuré à son geôlier dont les lèvres n'avaient pas quittés la base de son cou, embrassant sa peau avec possession, y laissant la marque de ses dents sur son coup gracile tandis que sa respiration se faisait de plus ne plus rauque et incertaine.
-"Ce fameux jour... Tu nous as tous trahis..." murmura Riichi en remontant son visage pour plonger ses yeux dans ceux trouble du blond, visiblement perdu entre réalité et souvenirs, songe et cauchemar. "Et tu m'as laissé... Tu m'as laissé mourir alors que tu aurais pu m'aider..."
-"Non..." Le trouble dans les yeux du mage disparut légèrement, se focalisant sur les pupilles remplies de haine et de reproches de cet homme qui le maintenait prisonnier de son passé. Et malgré la peur qui enrayait son esprit, il comprenait parfaitement à quoi Riichi faisait allusion. Il revoyait les images dans sa tête de ce jour, ce jour mémorable où sa vie, et la vie de tout le royaume avait basculé. Où tout, en l'espace de quelques heures, avait basculé dans le sang et la neige, la colère et la mort.
Il revoyait les milliers de cadavres qui étaient tombé en seulement quelques minutes, teintant la neige, teintent le sol du palais, les livres de la bibliothèques, les mur de la salle du trône.
Tant de personne qu'il connaissait, qui étaient mort sous ses yeux alors qu'il ne pouvait rien faire pour les aider, qu'il regardait la scène se dérouler devant ses yeux comme un simple spectateur observe les acteurs déroulant leur jeu. Ses camarade étaient tombés, les uns après les autres, alors que lui avançait encore, laissant derrière lui les corps baignant dans leur sang, les quelques personnes qu'il s'était juré de protéger.
Riichi aussi ce jour là. Il l'avait vu tomber. Il avait vu ce liquide rouge, porteur de vie, quitter son corps pour se répandre sur le sol, formant une flaque écarlate sur le dallage blanc. Il avait vu sa vie quittait ses yeux, les couleurs abandonnaient son visage. Il l'avait vu mourir.
Et comme tant de fois dans cette journée, il avait passé son chemin, laissant ce corps sans vie reposer contre la pierre froide, détournant les yeux, ne pensant qu'a la mission qui lui avait été confié, se focalisant dessus pour ne pas se laisser envahir par les sentiments de tristesse, d'angoisse, de remord qui tentaient avec plus ou moins de succès de le submerger.
Et maintenant, Riichi se retrouvait en face de lui, du jour au lendemain, cette homme qu'il avait autrefois considéré comme un de ses seuls amis et qui était censé être mort avait subitement réapparu, et avec lui, tant de souvenir auxquels il aurait préféré oublier à jamais.
Comment avait-il pu survivre? Il n'en savait rien, et ne cherchait pas à comprendre. Il en aurait de toute façon était incapable vu l'état dans lequel il se trouvait actuellement.
Il était tout bonnement incapable d'avoir la moindre pensé cohérente, ou même la moindre pensée. Son corps n'était plus que tremblement sous ses main qui s'étaient glissé sous ses vêtements, effleurant sa peau frêle tandis que ses lèvres embrassait son visage avec une douceur étonnante. Riichi ne le quittait pas des yeux, dévorant son visage, étudiant chacune de ses expression, mais ne décelant que dégout et effroi.
-"On te faisait confiance, et tu nous as abandonné pour lui... Tu nous as sacrifié..." Son regard se fit plus dure, les quelques fraction de préoccupation présents dans ses disparurent tandis qu'il prononcer ces quelques mots, laissant de nouveau place à sa colère, sa haine.
Il s'empara des lèvres du blond avec brusquerie sans que celui-ci n'oppose aucune résistance, incapable de faire le moindre geste, et Riichi en profita pour glisser sa longue dans la bouche de son prisonnier. Ses mains se firent plus rudes, parcourant le torse de Fye, toujours à terre, la griffant, déchirants ses vêtement au fur et à mesure qu'ils se trouvaient sur son chemin.
Et le mage continuait à trembler, des frisson indécis parcourant tous son corps, glaçant son sang dans ses veines, paralysant ses muscle, empêchant son cerveau de réfléchir, de s'ancrer dans la réalité et de prendre pleinement conscience de la situation.
Une réalité qui lui échappait entièrement, qu'il ne herchait plus à modifier, abandonnant son combat pour décider de son propre sort, abandonnant sa propre volonté qui avait de toute façon était entièrement annihilé par les dernières paroles de Riichi.
Il disait vrai, après tout. C'est lui qui était en tort. A quoi bon nier la réalité? Il avait trahi son peuple, il avait trahi ce qui avait placé leur espoirs en lui. C'était tout ce qu'il méritait, non?
Il sentit quelques chose de chaud couler sur sa joue, doucement, traçant un chemin humide le long de son visage pour venir mourir sur le sol dans un bruit léger, couvert par le bruit du vent soufflant aux travers des barreaux de glace. Un bruit qu'il connaissant tellement bien maintenant...
Et puis, une pensée traversa son esprit tandis que les mains de Riichi descendait toujours plus bas, que ses lèvres embrassait son cou, son torse, son corps. Une pensée qui alluma une petite flamme d'espoir dans son cœur de glace, une parcelle de chaleur dans cette prison de froid et de mort.
Juste quelque chose à quoi se raccrocher.
Un murmure franchit ses lèvres, un simple mot tandis que ses paupières se fermaient lentement, se laissant aller au jeu de Riichi, s'abandonnant à ses caresses.
-"Kuro..."
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