Le brun se réveilla avec un étrange sentiment de malaise, un peu nauséeux au moindre mouvement trop brusque, et surtout, avec cette impression d'avoir loupé quelque chose d'important alors que cette dernière se trouvait juste sous son nez.
Il mit quelques minutes avant de se remettre debout, essayant de discerner cette fameuse chose, sans pour autant mettre le doigt dessus. Mais malgré tout, il sentait son cerveau moins embrumé que les quelques dernières heures qu'il venait de passer, celles avant de tomber de fatigue, aussi bien physiquement que moralement.
Physiquement car, je ne sais pas si vous avez déjà essayé, mais pour ma part, je ne tenterai jamais une expérience pareille, marcher à un rythme assez soutenu dans cette foutue forêt qui commençait sérieusement à lui prendre la tête, se demandant constamment s'il ne s'était pas perdu en route, zigzaguant entre lianes, racines et sentiers à moitié effacés, ce n'est pas de tout repos.
Et puis, moralement, grâce à cet individu, ce Riichi, qui avait voulu quelque peu "jouer" avec lui, mais qui avait surtout joué avec ses nerfs. Oui, il était énervé. Jamais il n'avait autant été énervé d'ailleurs. Même lorsque Tomoyo l'avait envoyé chez cette sorcière à la noix, ce n'était rien en comparaison de la fureur destructrice qui l'avait envahi face à cet homme.
Et puis, tout ce qu'il lui avait dit... Il ne cessait de tout tourner et retourner dans sa tête, essayant de distinguer une éventuelle vérité des mensonges. Mais comment savoir? Il y avait des choses sur lesquels il n'avait malheureusement pas tord (au grand dépit du ninja).
C'est vrai que Fye n'avait jamais voulu lui dévoiler son passé, c'était vrai qu'il s'était souvent demandé si Fye avait réellement confiance en lui, c'était vrai qu'il ne connaissait finalement rien de lui que ce qu'il voulait bien lui montrer, ses masques, et ses faux sourires. Tant de chose dans ce qu'il disait étaient vrai, mais pourtant, il n'arrivait pas à l'accepter.
Parce que lui, avait tout simplement confiance en Fye, et qu'il était persuadé, peut-être à tort, mais il ne le saurait sans doute jamais, que Fye avait, lui aussi, confiance en lui. Même si cela ne se traduisait pas de manière explicite. Il le savait, tout simplement. Mais après tout, il était vrai qu'il n'avait aucune certitude, qu'il pourrait très bien être berné, et que Fye le laisse tomber à la moindre occasion. Qui pouvait savoir, après tout?
Bon. Penser à autre chose. S'il commençait comme ça dès le réveil, il risquait le surmenage, et ça n'allait pas arranger ses affaires. Pour la centième fois en ce qui lui semblait une éternité, il leva les yeux vers le ciel, aux trois quarts caché par les feuilles des imposants arbres de la forêt. Le soleil tapait encore fort, et aucun souffle de vent ; comme d'habitude, ne put s'empêcher de penser le ninja.
Il se remit lentement en marche avec un soupir de résignation, essayant un instant d'analyser ce sentiment qui l'avait pris à son réveil, comme si... comme si quelqu'un l'avait appelé, un appel, mais si lointain, que seul les échos portés par le vent se font entendre, tel un sifflement.
Mais il abandonna bien vite cette question, sentant un mal de tête poindre, se concentrant sur sa marche et sur sa direction, se demandant une seconde ce que devenaient les deux gamins avant, une fois encore, d'éluder la question en se disant que cela ne servait à rien de s'inquiéter pour de telle chose, ne pouvant de toute manière, rien changer à la situation.
Nouveau soupir. De lassitude cette fois-ci. Depuis combien d'heure maintenant, marchait-il dans cet endroit? Il aurait été incapable de le dire tellement les minutes défilaient et se ressemblaient, et il avait la désagréable impression de faire du sur place depuis son départ. Manquerait plus qu'il se retrouve à la grotte où il avait laissé les deux gosses et il n'aurait plus qu'à se cogner la tête contre un mur.
Etait-ce possible? Qu'il n'avance pas? Etait-ce réellement possible? Que croire après ce qu'il avait vu avec Riichi? Si ce dernier utilisait sa magie, il ne savait pas jusqu'où il pouvait aller, et il était simple, du moins, dans son monde, de créer un kekkai empêchant de pénétrer dans un lieu. Simple question de concentration, une fois que l'on possède les pouvoirs pour.
Dans ce cas là, il pouvait très bien continuer à tourner en rond pendant des jours sans s'en rendre compte. Et détecter un kekkai n'était pas une tache simple. Et une fois de plus, il ne pouvait qu'attendre de voir sur quoi il déboucherait, s'il continuerait à tourner en rond dans la forêt, où s'il atterrirait enfin devant ce château qu'il maudissait déjà avant même de l'avoir en face de lui.
Un château qu'il s'imaginait d'ailleurs très bien sans qu'il ne sache pourquoi. Dans un style très ancien, construit avec de vieilles pierres dont la couleur, qui semblait à la base dans les tons marrons foncées et rouges, tirée à présent sur un jaune isabelle, mêlant à la poussière une quantité impressionnante de plante grimpante recouvrant les trois quarts des façades ainsi que les hautes fenêtres grillagées. De même, il s'imaginait parfaitement les deux grandes lourdes portes de bois qui servaient d'entrée principale, avec de lourds gonds de fer pour la faire s'ouvrir, des poignées en forme d'anneau, pesant chacun plusieurs kilos, entourant une serrure d'une taille impressionnante.
Oui, ce château, il se l'imaginait très bien. Pourquoi, comment? C'est comme s'il en connaissait chaque détail, comme s'il se trouvait devant lui.
Devant lui...
Il cligna soudainement des yeux, un déclic se faisant dans sa tête, tête qu'il secoua vivement, se retenant de se foutre quelques baffes pour bien vérifier qu'il ne rêvait pas.
En effet, si ce château, il était dans la possibilité de le détaillé comme s'il se trouvait devant lui, c'était pour la simple et bonne raison que c'était bien le cas. Plongé dans ses pensées, il n'avait pas vu cette ombre imposante qui s'était peu à peu dessinée à l'horizon au fil de sa marche, il n'avait pas vu cette impressionnant bâtiment, qui faisait pourtant tellement décalé avec le décor, comme sorti d'un autre endroit, d'une autre époque. Il n'avait pas vu les arbres s'espacer lentement, pour finalement laisser place à cette minuscule clairière. Non, il n'avait rien vu.
Et ce n'était que maintenant qu'il ne réalisait. Ou plutôt, qu'il ne réalisait pas. Comme s'il sortait d'un long sommeil, il n'arrivait pas à concevoir que ce qu'il recherchait se trouvait devant lui. Enfin non, pas exactement ce qu'il recherchait, mais c'était déjà un bon début. Après tout, quand on cherche à atteindre un objectif, n'est-il pas humain d'avoir du mal à y croire lorsque l'on arrive finalement à l'atteindre après tant d'effort?
Il se secoua mentalement. Bon, c'était normal qu'il arrive devant ce château. Après tout, il avait fait toute cette route pour ça, non? Mais était-il vraiment sur de vouloir y entrer, maintenant? Le doute s'était installé dans son esprit, et malgré tout ses efforts, il ne parvenait à s'en défaire. Comment en était-il arrivé là? Comment en était-il arrivé à perdre confiance à ce point, à un tel degré? Il était sûr, il y a à peine quelques heures, que ce qu'il ressentait pour le mage était une chose comme innée, d'indiscutable. Mais maintenant, il n'en était plus aussi sûr.
Il resta un instant interdit devant ces impressionnantes portes de bois, les fixant comme si toutes les réponses à ses interrogations y étaient gravées. Puis, finalement, il avança de quelques pas sur les pierres ébréchées au sol qui formaient un ancien chemin, sûrement oublié depuis longtemps. Il s'approcha ainsi des portes, un peu sur ses gardes, après tout, il ne savait pas à quoi s'attendre derrière ces portes. Il les observa un instant, se demandant comment entrer... Pousser la porte? Frapper peut-être? La défoncer, à la limite, mais il existe des façons plus discrète de pénétrer dans un lieu...
Brusquement, il sentit quelque chose de dur contre sa hanche, au niveau de sa poche. Intrigué, se demandant de quoi il pouvait bien s'agir, sachant que cela ne pouvait de toute façon pas être la garde de son sabre accroché à sa ceinture. Ses doigts se glissèrent donc dans le tissu de son pantalon pour en ressortir quelques secondes plus tard une clé dont il se demandait comment elle avait pu passer inaperçue aussi longtemps dans sa poche tellement sa taille était impressionnante.
Il l'observa un instant sans comprendre comment elle avait bien pu arriver là, avant qu'un déclic ne se fasse dans son esprit.
"Cette clé te permettra d'ouvrir toutes les portes que tu trouveras sur ton chemin."
En effet, il n'y pensait plus. Cette clé qu'il avait "acheté" à la sorcière des dimensions... Elle allait servir plus que prévu, mais ce n'était pas un mal, après tout. Il se prit à sourire machinalement. Tout n'était que fatalité, n'était-ce pas ce quelle répétait sans cesse? Qui sait, peut-être était-ce vrai. Mais le moment n'était pas choisi pour délibérer sur de telles questions philosophiques dépassant largement le potentiel humain.
Sans se poser plus de question sur le comment du pourquoi, car n'était-il pas, n'est-ce pas, qu'un simple ninja qui agit sans réfléchir, il mit la clé dans la serrure et la tourna sans plus de manière. Il ne sentit aucune résistance de la serrure, la clé s'y incrustant parfaitement et ouvrant la porte sans aucun effort.
Il se glissa dans l'ouverture ainsi créée le plus silencieusement possible sans oublier de récupérer sa précieuse clé, qui sait, elle pourra peut-être à nouveau servir, et ne se rendit compte qu'après plusieurs secondes que celle-ci avait repris sa forme "originelle" dans sa paume. Il décida de ne pas chercher à comprendre son fonctionnement, se disant que le mal de tête pourrait bien attendre, et la remit dans sa poche.
Il avança de quelques pas, main sur le fourreau de son épée, lentement, le temps à ses yeux de s'habituer à cette soudaine obscurité après des jours de marche en plein soleil. Mais un bruit sourd le figea sur place. Il attendit une seconde, le temps que les échos de ce son inattendu et inopiné ne finissent de se répercuter dans les longs couloirs.
La porte bien-sûr. Erreur de débutant. Toujours fermer la porte soi-même pour éviter ce genre... d'incident. Beaucoup plus discret. Beaucoup plus sûr, également. Enfin bon. Personne ne semblait avoir remarqué... pour le moment du moins.
Et encore faudrait t'il qu'il y est du monde dans ce château pour que le bruit se fasse entendre. Et cela n'était pas si évident que ça. Pourtant, les lieux étaient bien tenus... Pas une trace de poussière dans les couloirs, pas une trace de mousse, ou de tout végétal qui aurait pu s'installer au fil du temps. Contrairement à ce que laissait penser la façade extérieur du bâtiment, il était bien loin d'être laissé à l'abandon total.
Reprenant sa respiration normale, le ninja recommença à avancer dans les couloirs du château, prudemment les premières minutes, puis se relâchant peu à peu au fil de sa marche, ne croisant pas âme qui vive pour lui faire garder sa concentration. C'était quand même étrange, non? Que personne ne se trouve ici. Après tout, il était censé y avoir, au moins, un prisonnier, personne n'était là pour monter la garde?
Un oubli? Non, ce n'était pas possible. S'il n'y avait personne, c'était qu'il n'y avait besoin de personne. Kurogane le savait. Peut-être, dans d'autres conditions, il aurait pensé autrement, mais pas là. Pas avec lui au commande. Ce Riichi qui prévoyait tout... il ne pouvait avoir laissé son prisonnier sans aucune protection.
Donc, quelque part dans l'enceinte de ce lieu, peut-être de manière inattendue, il se manifestera. À un moment ou à un autre. Peut-être au moment où il s'y attendrait le moins, et sans doute de la manière dont il s'y attendrait le moins, vu le personnage.
Enfin, il verrai en temps voulu, cela ne servait à rien de s'en préoccuper maintenant, à part s'inquiéter un peu plus inutilement. Alors, pour le moment, sa priorité était d'avancer... Même si cela n'était pas forcement des plus faciles non plus.
Les couloirs s'étendaient à perte de vue, les embranchements se succédant sans l'ombre d'un quelconque point de repère, d'un chemin qui se démarquerait des autres. Juste des couloirs obscurs sans fin. Et petit à petit, l'attention du ninja diminuait, sa main avait abandonné la garde de son sabre, son regard n'épiait plus les ombres dans les embranchements, il n'écoutait plus les éventuels échos de bruit de pas...
Il continuait juste à avancer, se demandant quand cette marche interminable prendrait fin. Il n'avait aucune idée du temps qu'il avait déjà passé à marcher dans les dédales, aucune failles dans les murs, aucunes fenêtres lui indiquant la position du soleil. Que du noir, partout.
Un escalier le fit descendre durant ce qui lui sembla plusieurs minutes, parcourant il ne savait combien d'étages, et il débouchai bientôt dans un couloir semblant plus luxueux que les précédents. Un grand tapis rouge orné de motifs plus étranges les uns que les autres s'étalait devant lui, jusqu'à disparaître dans la pénombre. Un couloir dans lequel se présentait différentes portes, à gauche comme à droite. Un peu trop de porte d'ailleurs.
Enfin bon, quand faut y aller, faut y aller comme on dit. Alors commencer par celle de gauche ou celle de droite n'a pas d'importance. Le brun s'avança de quelques pas, jusqu'à atteindre la première porte et la poussa lentement. Elle grinça sur ses gonds en laissant apparaître derrière elle une vaste pièce ressemblant à ce qui pourrait très bien être une salle à manger. Rien de particulier, au premier coup d'œil. Au premier coup d'œil, seulement.
Il s'avança dans la pièce à pas de loup, observant tout ce qu'il y avait à voir. Une salle à manger tout ce qu'il y a de plus normale. Une longue table, permettant une bonne vingtaine de couverts, décorée de chandeliers dont les chandelles étaient encore intactes, et le tout, toujours sans aucun gramme de poussière. Tout était impeccablement rangé à sa place, comme si quelqu'un venait tout vérifier tous les jours, tout remettre en ordre. Etrange, quand on ne croise pas âme qui vive.
Le brun ressortit de la pièce les mains vides, jugeant inutile d'y passer un instant de plus. Il poussa la porte d'en face, qui grinça comme la première, mais laissa place à une pièce beaucoup moins spacieuse, mais sans doute, beaucoup plus intéressante.
Une petite pièce carrée, à peine de quoi faire quelques pas. Aucun objet, rien, juste un piédestal d'un petit mètre de haut; sur le quel était placé un orbe lumineux qui semblait flotter dans les airs. Instinctivement, le ninja porta la main à son sabre, fixant d'un regard mauvais cette boule fluorescente qui n'avait décemment rien à faire ici, mais qui s'y trouvait quand même. Prudemment, il s'en approcha, referment doucement la porte derrière lui, on se sait jamais.
Il tourna autour un instant, l'observant sous tout les angles possibles, se demandant bien de quoi il pouvait s'agir, à part d'une sphère blanche luminescente qui flottait dans les airs. Au bout de plusieurs minutes, jugeant qu'il n'y avait pas de danger, il remit son sabre dans son fourreau. Il se demandait quoi faire, hésitant entre repartir et retourner explorer le reste des pièce, ou de patienter dans cette salle pour trouver la clé du mystère.
Finalement, il se décida à rester, tendant le bras pour empoigner cet intriguant objet. Il le prit dans le creux de sa main, le regarda un instant avant que celui-ci n'éclate en milliers de morceaux dans sa paume. Par réflexe, il recula d'un pas, lâchant le reste des fragiles morceaux de verres de sa main qui s'écrasèrent au sol dans un bruit sourd. Il regarda un instant les multiples petite coupures sur sa peau, laissant perler quelques gouttes de sang sur le sol de pierre, avant d'entendre un frottement au dessus de sa tête.
Tête qu'il leva, sans pour autant apercevoir quelque chose dans la noirceur de la pièce. Il entendit juste quelque chose tomber mollement sur la pierre du sol à ses côtés, comme un corps flasque qu'on laisse tomber, suivie de dizaines et de dizaines d'autres bruits similaires autour de lui. Il sentait des choses le frôlait, les bras, la jambe, l'épaule... Puis, après plusieurs secondes, il sentit une de ces chose tomber sur son épaules, et y rester. Il resta immobile, prudent, cherchant à reconnaître de quoi il s'agissait.
Puis, plus il attendait, plus il sentait ces choses grouiller à ses pieds, commencer à escalader lentement ses jambes, son torse. Et cette obscurité qui l'empêchait d'y voir clair... Celle sur son épaule commença aussi à bouger, descendant lentement son bras, arrivant sur la partie dénudée, et il fut brusquement pris d'un frisson alors qu'il comprenait quel étaient ces choses.
Des araignées... ou du moins ce qui y ressemblait fortement, vu leur façon de se déplacer. Et puis, pas des petites en plus... Sûrement des venimeuses, vu leur taille, cela ne faisait aucun doute. Il prit quelques secondes pour se calmer, pour s'empêcher de paniquer en sentant ces bêtes atteindre lentement le haut de son torse, se baladant sur son corps comme bon leur semblait, tandis qu'il entendait toujours le bruit significatif de ces êtres tombant indéfiniment sur le sol de pierre.
Combien y en avait-il? Aucune idée. Sans doute des milliers, il pouvait parfaitement entendre le bruit de leurs pattes contre la pierre. Surtout, pas de geste brusque. Un geste un peu trop brusque, et c'était la fin de tout. Une piqure, et ce serait terminé, finito le beau ninja qui vient à la rescousse.
Lentement, avec cette extrêmement lenteur qu'engendre prudence et angoisse, il approcha sa main de laquelle dégringola une des araignées pour s'écraser au milieu de celles déjà à terre, et s'empoigna doucement de son sabre. Tout allait se jouer dans les prochaines secondes.
Avec toujours autant de lenteur, il leva son sabre au dessus de sa tête à l'aide de ses deux mains, chaque secondes passant lui paraissant come une éternité. Il pouvait sentir les pattes des araignées sur son visage, il pouvait les sentir partout sur son corps. Il commença à concentrer son énergie dans son sabre, essayant de retenir les tremblements dus à l'effort que cela demandait, retenant sa respiration.
Il devrait se débarrasser de toutes ces bestioles en une fois. Un coup, bien placé, suffisamment puissant, suffisamment rapide pour qu'elles n'aient pas le temps de réagir, et de se défendre, ce qui signerait sa perte.
Tout allait se jouer en une fraction de seconde... Attendre... patienter... ce n'était pas son fort, mais en l'occurrence, il n'avait pas le choix. Attendre d'avoir concentré assez d'énergie, mais surtout, attendre le bon moment, attendre d'être sur de soi pour ne pas rater son coup. Ne pas se laisser déconcentré par les frissons de dégout face à ces pattes qui se promenaient sur son corps... Les ignorer... Ignorer les gouttes de sueur qui perlaient sur son front, son tee-shirt qui collait à son dos...
Et frapper. Maintenant!
D'un geste, il abaissa son épée, créant une immense vague d'énergie à couper le souffle, ce qui lui arriva d'ailleurs. Toute cette énergie qui se déversa dans la pièce en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, beaucoup moins de temps. Tellement moins que c'est à peine comparable.
Le ninja rouvrit les yeux, n'ayant même pas pris conscience de les avoir fermés, le souffle haletant, tentant de reprendre sa respiration après un tel effort. Son regard balaya la pièce, observant son œuvre, observant les corps sans vie de ces centaines d'animaux gisant maintenant au sol.
Sans s'attarder une seconde de plus, il ressortit de la pièce, ne pouvant s'empêcher de pousser un léger soupir de soulagement.
Il avait été imprudent sur ce coup là, il allait devoir redoubler de prudence. De prudence, et de vigilance. Cela lui rappelait à qui il avait à faire, et que malgré l'abandon apparent du lieu, cela n'était pas synonyme de sécurité. Au détour d'un couloir, en bas d'un escalier, derrière une porte... cette fois, méfiance. Une fois mais pas deux, comme on dit.
Il s'appuya un instant contre le mur de pierre, profitant de sa fraicheur. Il était pris de faible vertige, et sa main qui empoignait toujours son sabre, tremblait fortement. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas dépensé autant d'énergie en une fois, et il est vrai qu'il manquait sérieusement d'entrainement. Pas qu'il ne laisse à la paresse, non. Mais que le manque d'ennemi potable dans les différentes dimensions n'arrangait pas les choses pour les situations comme celles-ci.
Il respira profondément une dernière fois et se détacha du mur, le cœur un peu moins emballé, et se décida à reprendre son exploration. Marchant avec prudence, il se rapprocha de la porte suivante, un peu plus loin dans le couloir. Il la poussa lentement, la faisant grincer sur ses gonds, surveillant ce qui pouvait se trouver à l'intérieur. Il l'ouvrit en entier, observant chaque recoin de la pièce avant d'y pénétrer, écoutant des sons inexistants qui auraient pu traduire une éventuelle présence, humaine ou non.
Mais rien, personne. Un grand salon, une cheminée recouverte de poussière de la tête au pied, comme le reste de la pièce, d'ailleurs. Il en fit rapidement le tour, évitant de s'attarder trop longtemps au même endroit avant de ressortir et d'explorer les autres pièces, toujours avec cette même prudence.
Mais rien, nulle part. Même pas une seule trace d'une autre petite sphère blanche dans les parages. Alors il continua sa route au travers des dédales obscurs, pendant un temps qu'il ne comptait plus, n'ayant plus aucune notion du temps qu'il mettait à parcourir les couloirs, à monter et descendre des escaliers sans fin. Sans fin... Tout dans ce château prenait des proportions énormes, et il avait l'étrange impression de tourner en rond depuis des lustres...
Tout se suivait et se succédait, un couloir par-ci, un couloir par là, et je descend un escalier, un autre couloir, une porte qui ne s'ouvre sur quelque chose d'intéressant, puis un autre couloir, un autre escaliers...
Ah? Une autre porte... au moins la... quoi, vingtième de la journée, peut-être? Il l'ouvrit à son tour, se forçant à être attentif malgré le peu de vie présent dans le château, vie qui se limitait à quelques araignées désormais décédées et de sans doute quelques rongeurs au détour des couloirs.
Mais il se figea sur place quand la porte finit de s'ouvrir en émettant un long grincement, preuve que les gonds manquaient sérieusement d'huile, mais ce n'était pas ce son qui avait paralysée le ninja. Non, c'était cette pièce qui lui avait fait cet effet, qui lui avait donné ce frisson qui avait parcouru son échine. Cette petite source de lumière qui flottait dans les airs, qui semblait comme l'appeler.
Entrer, ou ne pas entrer? Tenter sa chance ou non? Se sentait-il d'aplomb pour faire appel à son énergie comme il l'avait fait auparavant? Il n'en était pas sûr. Et il se méfiait par-dessus tout des tours que pouvait réserver cette sphère...
Mais ne raterait-il pas quelque chose s'il n'essayait pas, quitte à en encourir les risques? Et puis, qui ne risque rien à rien, tant pis.
Il s'avança de quelques pas vers la boule lumineuse la toucha du bout du doigt et fit un bond en arrière, sortant de la pièce et attendit quelques secondes. Un grand silence accueillit son geste, et il finit par entrer une nouvelle fois dans la pièce et d'empoigner la sphère dans sa main gauche, son sabre toujours dans sa main droite, par simple précaution. Rien, aucun déclic, aucun éclair lumineux, aucune boule qui n'éclate en morceau.
Il attendit que quelque chose ne se passe, mais rien, un grand trou noir. A croire que celle-ci ne servait à rien, sauf en guise de lampe de poche moderne. Puis, au moment où il allait la remettre à sa place, ayant perdu assez de temps comme ça, et se doutant qu'il restait encore de bien nombreuses pièces à explorer et, si possible, un magicien qu'il espérait en bonne santé à libérer, la sphère se mit à briller ardemment, l'éblouissant. Et avant qu'il ne puisse lâcher la sphère, il se sentit comme absorbé par elle, et la seule chose dont il eut conscience fut cette éclatante lumière blanche.
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Il se trouvait dans la première pièce qu'il avait visité en entrant dans le château. Cette grande salle à manger, mais un détail était bien différent. Une différence, peut-être mince, mais en fait si énorme qu'il ne la remarqua pas immédiatement, son esprit encore un peu embrouillé.
La différence était que cette pièce était maintenant pleine de monde. Un monde qu'il ne connaissait pas et dont il se demandait comment il arrivait à comprendre les paroles. Des paroles qui ne lui disait rien, qui parlait de villages, de nombreux mort, de réunions... de choses bien gai, il convient de le signaler.
Mais ce qui le surprenait le plus, c'était le fait que personne ne faisait attention à lui. Il avait atterrit là, il ne savait trop comment, au beau milieu de cette foule assise autour de cette table. Ce n'est pas quelque chose qu'on rate! Que feriez-vous, vous, si quelqu'un apparaissez comme ça au beau milieu de votre salon?
Il hésitait à élever la voix, se demandant s'il ne ferai pas mieux d'aller se cacher dans un coin pour écouter en toute sécurité. Il en était là de ses réflexions quand quelqu'un s'approcha de lui, marchant en sa direction. Mais avant qu'il n'est pu faire le moindre geste pour s'écarter, vu que la personne en question ne semblait pas vouloir éviter cet obstacle sur la route, il fut effaré de constater que... la personne venait de passer à travers lui!
Il resta bouche bée, observant son bras qu'il avait tendu en avant pour éviter l'impact, ne commençant seulement à réaliser. Réaliser qu'il n'était peut-être pas là où il pensait être. Que cet endroit, empli d'un brouhaha incessant, de personnes qu'il ne connaissait pas, n'était pas aussi réel qu'il ne semblait l'être... Ou bien était-ce lui, qui n'était pas réel? Allez savoir. Mais il se trouvait là, invisible, sans doute sans la possibilité d'être entendu... un simple fantôme hantant une place inconnue.
Puis, d'un coup, les bruits cessèrent, les conversations se turent et tous mouvements cessèrent, laissant planer un lourd, très lourd silence, mélange de peur, de respect et d'effroi. Et la porte qui s'ouvrit, lentement, laissant entrapercevoir en premier lieu une silhouette, puis, se dessinant lentement dans l'ouverture au fur et à mesure de l'ouverture, deux autres, plus petites, le suivant avec humilité, les yeux rivés au sol pour l'un, le deuxième regardant droit devant lui.
Deux silhouettes qu'il reconnut immédiatement. Celle de cet homme, à la posture majestueuse, à la grâce presque inhumaine... à la démarche hautaine, et surtout, cet personne qui avait dégagé une aura de puissance pure, cette aura même qui avait fait taire le reste de la salle. Cet homme qu'il n'avait jamais vu, jamais croisé, jamais vu en réalité. Ashura, roi de Selesu. Le Ashura dont il entendait tant parler sans pour autant en discuter, dont il connaissait maintenant à la fois, tant et peu de chose. Mais déjà bien suffisamment pour lui.
Bien suffisamment pour savoir que cet homme était son ennemi. Tout comme l'homme qui se trouvait à sa gauche. Regardant la salle d'un regard de pure dédain, comme si les autres n'étaient que de simples vermines, la démarche presque conquérante mais qui, malgré tout, évitait de trop se rapprocher de la personne qui le précédait, évitant également de poser les yeux sur lui. Une assurance mue par la peur. Riichi. L'homme qui était, pour l'instant, celui que le brun se devait d'éliminer le plus rapidement possible, de rayer de la carte, l'ennemi public numéro un.
Et puis, la troisième personne, surtout elle, qui lui frappa dans l'œil. La plus petite des trois, qui fixait ses pieds d'un air anxieux, comme si le sort de l'humanité allait se jouer dans la seconde.
-"Fye!" appela Kurogane en tendant un bras vers lui, comme pour le ramener. Mais le mage l'ignora, ne relevant même pas le regard, et passa à travers lui tout comme les autres, sans même remarquer le simple fait de sa présence ou le son de sa voix.
Il resta ainsi de longues secondes, le bras tendu, en suspens dans l'air, immobile tel une statue, perdu comme un poule qui aurait trouvé un couteau. Que se passait-il au juste? Le Fye qu'il venait de voir n'était pas celui qu'il connaissait. Il paraissait plus jeune, les traits tirés par la fatigue et le manque de sommeil apparent.
Ce n'était pas son Fye. Pas le Fye actuel, en tout cas. Il finit par se retourner, voyant que tous les individus s'étaient levés de leur chaises, la tête baissée en signe de respect, ou de peur, vu les réactions de certains. Le roi les fixa un à un dans le silence avant de s'asseoir.
-"Vous pouvez vous asseoir." Dit il simplement d'un ton froid, le regard neutre fixé sur la personne en face de lui. Tous obéirent sans un mot, Fye et Riichi y compris qui s'assirent respectivement à la gauche, puis à la droite du Roi. Le blond paraissait anxieux, ne pouvant s'empêcher de tourner et retourner ses mains en dessous de la table, à l'abri des regards, et jetant des coups d'œil presque apeuré à chaque membre de l'assemblée.
Le brun commençait peu à peu à comprendre ce qu'il se passait. Enfin comprendre était un grand mot... Une fois de plus, il pensait qu'il se trouvait dans le passé de Fye... les souvenirs de son existence. Cela ne l'étonnait guerre, vu les capacités de Riichi... il en était tout à fait capable, histoire de semer un peu plus le doute dans son esprit.
Mais il était là, et il ne savait pas comment se sortir de ce lieu, quel qu'il soit. Si étant est que l'on puisse sortir, ce qui n'était pas une certitude.
-"La seconde réunion du conseil des mages de la saison est ouverte. Je vous écoute."
Un silence gêné accueilli cette déclaration pour le moins protocolaire, chacun se lançant des regards furtifs, comme pour savoir qui oserait se lancer le premier pour prendre la parole face à cet homme froid et austère qui menaçait de vous réduire en charpie à la moindre erreur ou hésitation.
Et comme pour empirer les choses un peu plus, rajouter un peu de pression sur cette assemblée qui se faisait déjà timide, le Roi se faisait un plaisir de tapoter ses doigts sur la table dans un geste se voulant consciemment exaspéré, comme si le simple fait de se trouver là était d'un ennui mortel.
Finalement, ce fut l'un des plus anciens, à ce que pouvais constater Kurogane, qui osa prendre la parole en premier, brisant le silence de plomb, et interrompant le bruit des ongles d'Ashura sur la table en cristal.
-"Sire, si je puis me permettre..." commença le vieil homme d'un ton hésitant. Le Roi tourna son regard émeraude vers lui, détaillant chaque trait de son visage avant d'hocher vaguement la tête.
-"Je t'écoute Eikyû. Parle." Le Eikyû en question inclina la tête en signe de déférence avant de reprendre la parole.
-"Je voudrais parler du village d'Inari. Les habitants se plaignent de plus en plus de problème de récolte et de nourritures. Ils craignent de plus en plus une famine, et ce, depuis déjà plusieurs mois. Ils avaient déjà fait part de ce problème au précédent conseil, mais aucune réponse n'avait été donné."
-"Et que souhaitent-ils exactement?" interrogea le Roi, ses yeux émeraudes fixés sur son interlocuteur du moment, semblant le transpercer entièrement, le mettant visiblement mal à l'aise.
-"Ils souhaiteraient une euh... une aide du palais..." annonça l'homme, de moins en moins sûr de lui. "Une aide financière, ou des réserves pour survivre à l'hiver qui s'annonce rude cette année..."
-"Je vois..." murmura Ashura en posant sa tête dans la paume de sa main, son regard perdu dans le vide sous le regard perplexe d'Eikyû. Quelques secondes de flottement passèrent dans l'air tandis que le Roi semblait réfléchir au problème avant qu'il ne reprenne la parole. "Les récoltes du palais ne sont pas suffisantes pour nourrir le village, sans compter les rébellions que nous avons eu dernièrement qui ont quelque peu entamées nos réserves. Je peux leur accorder une légère aide financière, à conditions qu'ils assurent de bonnes récoltes pour l'année à venir, de quoi rembourser leur dette."
-"Très bien, Sire."
-"Le convoi partira demain, Eikyû, tu l'accompagneras par mesure de sécurité."
-"A vos ordres, votre Majesté."
-"Bien. Ceci étant réglé, quelqu'un a-t-il quelque chose à ajouter?" Nouveau silence. Le brun en profita pour cogiter de son coté, à ce qui venait d'être dit. Des rébellions? De quels genres? Bien que cela ne le regardait pas directement, et que cela soit normal, les rébellions étant courantes dans de nombreux royaumes, quelque chose semblait clocher. Il savait que tout ce qui était dit à cet instant était important à retenir. Sinon il ne serait pas là, à épier cette conversation dont il ne pouvait saisir ni l'ampleur, ni les répercussions qu'elles pouvaient avoir sur ce qu'il se passait dans le royaume.
-"J'aimerais amener le sujet du Royaume voisin, si vous le permettez." Déclara finalement une jeune femme assise en bout de table. Le brun l'observa un instant, les traits tirés, elle semblait plus jeune que la majorité des personnes présentes autour de la table. Elle portait à son ceinturon une longue épée de glace dont les tranchants semblaient affutés tous les jours. A première vue, cette femme était une guerrière redoutable, contrairement au reste de l'assemblé, qui ne présentait aucun signe particulier de force brute.
-"Tu as la parole, Napoldë." Annonça lascivement le Roi, ayant dû vivre d'innombrables scènes similaires à celle-ci, et semblant s'en désintéresser royalement.
-"Comme Votre Majesté doit le savoir, le village d'Ea, à la frontière du pays, est la cible d'attaque de nombreux keijôs descendus des pics viennent attaquer les villageois. Nous devrions envoyer une patrouille pour les aider, ou le village sera bientôt entièrement détruit par ces démons."
-"Et qu'ont t'ils à offrir en échange?" interrogea le roi d'un ton glacial.
Le brun fut atterré de sa réponse, comme le fut le reste du conseil, vu le silence qui suivit. Fye releva vivement la tête vers son Roi, le regard visiblement à mi-chemin entre peine et surprise. La femme qui avait pris la parole ouvrit la bouche pour parler, mais la referma aussitôt, sans doute à cours de réponse devant une telle question.
Kurogane lui, commençait sérieusement à s'énerver contre ce roi qui n'était visiblement attiré que par les intérêts et non par le bien être de son peuple, à la différence de la régence de son monde, et en particulier de la princesse Tomoyo qui aurait fait tout et n'importe quoi pour aider ne serait-ce qu'un seul villageois, quitte à ruiner le pays pour des décennies.
-"Il... Il paraît que ce village abritent... une des plus grandes réserves de minerais du royaume..." bredouilla la guerrière, évitant autant de possible de croiser le regard de son supérieur hiérarchique.
-"Bien. Dans ce cas, tu partiras toi-même avec quelques gardes d'ici quelques jours. Mais rappelle-toi bien que toute aide demande compensation, Napoldë." Rapporta Ashura d'une vois tranchante, comme un reproche face à une faute disciplinaire.
-"Bien, Sire. Je m'en souviendrai." Elle baissa la tête et fixa la table de cristal avec un intérêt soudain, mal à l'aise sur sa chaise.
Si le brun avait était présentement autre chose qu'un simple fantôme invisible, il aurait sans doute expliqué sa façon de penser à ce Roi qui ne méritait amplement pas son titre, et l'aurait remis à sa place sans l'ombre d'une hésitation. Mais la peur qu'il semblait engendrer paralysait chaque membre présent, l'empêchant d'émettre le moindre signe de protestation, même si cela se lisait dans le regard de certain, dissimulé par cette couche de respect et de peur mélangés.
Tous, sauf Riichi, qui continuait à fixer quelque chose devant lui sans sembler plus gêné que ça de l'attitude de son Roi, comme si tout cela lui paraissait normal, le plus naturel au monde. A Roi dingue, subordonnés fous, quoi d'autre?
-"Une autre suggestion?" interrogea le Roi, ancrant son regard émeraude sur ses subalternes qui se dandinaient tous sur leur chaise, restant quelques lourds instants de plus sur un homme à sa gauche qui semblait encore plus mal à l'aise que les autres, ce qui semblait difficile à imaginer si l'on ne se trouvait pas dans la pièce. Il attendit quelques minutes avant de faire mine de se lever, mettant ainsi fin à la réunion quand une petite voix résonna dans la pièce.
-"Sire... à propos de... du village de...Yuuhei..." Des murmures parcoururent la salle à l'évocation de ce nom, et le brun fronça les sourcils. La personne qui venait de parler n'osait pas relever la tête, mais pouvait sans aucun doute sentir le regard meurtrier d'Ashura posé sur lui. Si un regard pouvait tuer, cet homme sera déjà dans l'au-delà depuis des lustres. En considérant une fois encore que l'au-delà existe dans ce monde.
-"Oui?" trancha t'il, l'encourageant froidement à continuer.
-"Euh...je... euh... les rebelles commencent à... prendre de l'ampleur et... ils menacent d'attaquer le château... si leurs...exigences... ne sont pas accordées..."
Les murmures continuèrent. Visiblement, cette histoire avait déjà fait parler d'elle par le passé, constata le ninja en voyant les mines préoccupées du conseil, et les bribes de conversations qu'il arrivait à capter. Il retint juste quelques mots qui frappèrent son esprit... Quelques mots qui lui semblèrent nets dans les murmures... "même châtiment", ou bien encore "assassin"...
-"Leurs... exigences?" répéta Ashura avec une lenteur effrayante, appuyant bien sur chaque syllabe. Le brun crut voir le blond à ses cotés trembler légèrement, de peur, sans doute, comme le reste de la salle. Et il pouvait très bien sentir l'aura de malaise qui émanait de lui, écrasée par l'aura meurtrière qui se dégageait du monarque. "Quelles exigences, Sadae?"
-"Ils euh... ils demandent... à ce que Sa Majesté..." il se stoppa dans sa phrase, passablement mort de peur à l'idée de continuer. Le Roi eut un sourire narquois, plein de cruauté, se doutant déjà de la fin de la phrase, mais voulant tout de même l'entendre dire par cet homme.
-"Continue, Sadae." Ordonna t'il, sa voix glaciale tranchant le silence tel un sabre."
-"À ce que Sa Majesté... quitte le trône"
Il avait fini sa phrase tellement rapidement que le brun dû mettre plusieurs secondes avant de comprendre et de remettre en ordre ces trois mots, aussi simples furent-ils, et de comprendre le silence de mort qui avait repris ses droits autour de la table. Tous les murmures s'étaient tus, tous les regards s'étaient baissés. Fye avait les mains tellement serrées sous la table que les jointures de ses doigts en étaient devenues blanches.
Et puis, finalement, un rire éclata. Un rire froid, sans âme, presque irréel tellement la cruauté qui en émanait était... indescriptible. Une éternité s'écoula avant que ce rire ne se tarisse, raisonnant encore et toujours contres les parois de glace, glaçant le sang jusque dans les trippes, déclenchant des réactions de peur, un rire qui pouvait venir vous hanter jusque dans vos cauchemars...
-"Quels ingrats... ces écervelés ne méritent pas de vivre dans ce Royaume... Ils ne méritent pas de vivre tout court, d'ailleurs..." Ashura éclata de nouveau de rire à la fin de sa tirade, tirant un frisson de dégout à tous, mais il n'y prit pas garde, trop perdu dans sa folie. "Le village de Yuuhei, n'est-ce pas? La base de la rébellion s'est installée là-bas? Très bien... Il en va de la sécurité du Royaume... Ces hommes sont dangereux... Nous devons être certains qu'aucun ne nous échappe... Je vais te charger de cette mission... Fye."
Le blond sursauta imperceptiblement à l'appellation de son nom, alors qu'il croyait sans doute qu'il pourrait passait inaperçu, ce qui, malheureusement, ne faut pas le cas. Cela n'échappa d'ailleurs pas au brun qui ne l'avait pas quitté des yeux de presque toute la réunion. Fye releva la tête, visiblement à contre cœur au vue de son air peu enjoué, pour se rendre compte que tous avait les yeux rivés sur lui en un mélange de haine et de reproches que le brun ne comprit pas immédiatement. Le mage pâlit instantanément, et détourna bien vite le regard, cherchant à échapper à cette sensation désagréable de malaise.
Ses yeux saphirs se fixèrent alors sur l'homme qui venait de le plonger dans cette situation pour le moins malencontreuse, un vague espoir camouflé par une plainte silencieuse, un appel à cet homme dont le cœur, l'âme, sont aussi vides et durs que la glace dont étaient fait le palais. Une plainte qui ne lui arracha qu'un sourire, mince, du bout des lèvres, mais bien là. Un sourire presque vicieux, sadique, comme s'il jouissait intérieurement du mal-être du mage qu'il avait lui-même créé.
-"Sire..." murmure t'il dans l'espoir fou et malsain d'aspirer à le faire changer d'avis. Mais la décision était déjà prise, et le Roi n'en démordrai pour rien au monde.
-"Je sais que tu ne me décevras pas... n'est-ce pas, Fye?" Les deux hommes s'affrontèrent du regard quelques instants, bien que le terme "affronter" soit un grand mot, car le Roi semblait littéralement écraser le blond de toute sa domination. Et ce dernier ne fit pas long feu avant de baisser les yeux et de fixer le sol comme s'il espérait que ce dernier allait s'ouvrir sous ses pieds et l'aspirer dans un endroit le plus loin possible de cette salle.
-"Non, Majesté... Je ne vous décevrai pas..." souffla t'il d'une voix faible, tremblante. Le Roi sourit de plus belle face à sa réaction tandis qu'un nouveau murmure de protestation parcourait la salle.
-"Tu devras t'assurer qu'il n'y ait aucun survivant... Il en va de la sécurité du Royaume, ne l'oublie pas." Le blond lui lança un dernier regard empli de détresse qu'Ashura ignora royalement, comme si c'était le dernier de ses soucis, ce qui était d'ailleurs surement le cas. "Tu partira dès ce soir." Ajouta t'il après un instant de réflexion.
Il se retourna vers le reste du conseil.
-"Bien. Ceci étant désormais réglé, si personne n'a quoi que ce soit d'autre à ajouter, la séance d'aujourd'hui est déclarée terminée." Il se releva, suivit immédiatement dans des bruits de chaises grinçant sur le sol, du reste du conseil.
Et tandis qu'il sortait de la pièce, secondé, comme à son entrée, de Riichi et de Fye, Kurogane remarqua très bien les reproches dans les murmures, les regards de colère et de supériorité que le blond essayait tant bien que mal d'ignorer, alors qu'il ne devait avoir envie qu'un chose, quitter cette pièce et ces hommes qui ne cessaient de l'enfoncer un peu plus dans son malheur.
Et cela, le brun ne le supportait pas. S'il avait pu, il se serait levé et leur aurait fait comprendre, à ces nobles corrompus, que Fye n'y était pour rien. Strictement pour rien dans ce qu'il venait de se passer. Le juger coupable, alors que ces personnes ne valaient pas mieux que lui, qui en faisait un souffre douleur alors qu'ils auraient réagi exactement de la même façon, sans aucune hésitation, face à la même situation... Et tout cela, parce qu'il fallait bien reporter son impuissance sur quelqu'un. Sur quelqu'un de préférence autre que le Roi, histoire de ne pas avoir à redouter sa colère.
Et tous. Tous agissait ainsi. Tous sauf un. Et lorsque le brun finit enfin par s'en rendre compte, ceci ne fit qu'amplifier sa colère, son ressentiment. Seul lui, seul cet homme, le fixait d'un regard non pas haineux, mais empli de tristesse, plein de compassion et de regrets. Seulement lui... Seulement Riichi.
Et à cette vision, le brun ne put s'empêcher de fulminer un peu plus de rage, et d'un autre sentiment, nouveau pour lui, la culpabilité. Il savait qu'il ne pouvait rien y faire, que la scène qui se déroulait sous ses yeux n'était qu'un fragment de la toile qu'était le passé de Fye... Mais le voir souffrir ainsi le dévorait de l'intérieur et le rendait malade.
Mais tandis qu'il se promettait silencieusement que lorsqu'il retrouverait le bond, il ne le laisserai plus souffrir ainsi, jamais, et ferait tout pour empêcher cela, et pour lui rendre le sourire, il se sentit soudain comme aspiré par le sol, se sentant tiré vers le bas alors que le décor commençait à tourner autour de lui, comme si les images n'étaient qu'un reflet sur une eau tumultueuse.
Les couleurs changèrent, les murs de glace disparurent pour laisser place à un paysage blanc, sous une forte tempête de neige, la table de cristal laissa elle aussi la place à une troupe d'une quinzaine de personnes, tous chevauchant des chevaux alezans, sauf le chef de fil, monté sur un cheval aussi blanc que la neige, plus grand et plus imposant que ceux de ses compagnons.
Kurogane reconnut tout de suite le mage, dont la chevelure blonde et les yeux saphir ressortaient sur ce paysage en noir et blanc, fixant d'un air et cruel le village en contrebas vers lequel ils se dirigeaient, et qui se rapprochait à vive allure. Le ninja resta un instant interdit devant cette expression qu'il n'avait jamais vu dans les yeux du mage... Jamais sauf lors de sa confrontation avec Riichi... Ces yeux d'assassin, froid, sans chaleur aucune, sans émotions... Cela lui ressemblai si peu, pourtant...
Mais en l'observant plus attentivement, à peine quelques minutes, le ninja se rendit bien vite compte que quelque chose clochait dans l'attitude du mage. Dans son regard transparaissait fugacement de nombreuses émotions, inquiétude, anxiété, angoisse, regrets, peur... Autant de chose qui traversaient ses yeux sous cette couche d'animosité apparente, juste une fraction de seconde avant qu'il ne reprenne cette expression vide, froide, mais surtout, forcée en lançant à la dérobée un coup d'œil vers son escorte.
Et le brun ne put empêcher un rictus malsain de venir orner ses lèvres. Il n'avait pas besoin d'être une lumière et d'avoir inventé la poudre pour comprendre la situation qui se déroulait sous ses yeux. Cette fameuse escorte qui suivait le mage.. Elle n'était pas là pour lui venir en aide lors de son "intervention", mais bel et bien pour le surveiller. Elle avait sans doute reçu l'ordre de ne pas intervenir, et de se contenter de le surveiller et de vérifier s'il menait sa mission à bien, d'où les regards furtifs que le mage ne cessait de lancer.
Le petit groupe arriva bien vite devant le village qui semblait plus que délabré. Certaines maisons semblaient tombées en ruine depuis de nombreuses années et les murs commençaient à s'effriter sous l'effet du vent et du froid. Par endroits, certaines fenêtres étaient la proie d'un vent joueur qui s'amusait à les cogner contre les murs.
Le petit groupe s'arrêta à l'entrée du village, mettant pied à terre et attachant leur monture à un vieil arbre mort depuis de nombreuses années avant de s'avancer vers leur destination. Personne ne semblait s'intéresser à leur présence... et de toute façon, personne ne siégeait dans les rues, et le ninja se demanda même si quelques personnes habitaient encore dans cet endroit. Mais alors qu'ils allaient atteindre la première maison, un cri retentit dans le silence de glace, déchirant le vent, perçant les cœurs.
-"Les soldats du Roi! Tout le monde dehors! Ils arrivent!!" Le ninja n'eut pas le temps d'apercevoir l'homme qui avait crié que déjà, une bonne centaine de personne leur faisait face, tous armés d'armes plus ou moins rustiques... des fourches, des pioches... et certains, qui se trouvaient au premier rang, possédaient même un sabre. Pas des adversaires qui demandaient beaucoup d'attention, en tout cas, se dit le ninja en les regardant.
Mais dans leurs yeux, alors qu'un soldat s'approchait dangereusement d'eux, seul la détermination d'aller jusqu'au bout, quelques soient les moyens à employer, quelque soit la fin à laquelle ils auraient droit se lisait dans leur yeux.
Et cela, ces personnes, ceux qui n'avaient rien à perdre mais tout à gagner, étaient les plus dangereuses. Parce que l'espoir et la détermination est dur à briser. Et que tant qu'il reste une flamme d'espoir, une flamme de vie, ils continueront à se battre. Pas un seul ne tremblait, et aucun ne recula ne serait-ce que d'un pas lorsque le garde s'exprima d'une voix froide:
-"Par ordre du Roi, ce village a reçu l'ordre d'être détruit, la base rebelle s'y étant installée. Aucun homme ne sera épargné." Il avait dit sa tirade d'une voix froide, comme récitant un texte apprit par cœur, comme si ces paroles ne le concernait pas. Et en effet, il leur tourna le dos, revint se mettre dans le rang des soldats, en retrait du mage qui se tenait droit comme un "i", les regardant avec cruauté. Puis, un villageois tandis un doigt vers lui, comme réalisant soudainement.
-"C'est Lui !! C'est le magicien du Roi, celui qui apporte mort et désolation sur son passage! Le Maudit!" Un éclair de tristesse passa dans les yeux dudit maudit alors que des vagues de grognements et de cris montaient dans les rangs des villageois qui semblaient plus que jamais près à en découdre. Mais le mage restait impassible, essayant de mettre de coté ses sentiments... Le ninja le voyait bien... qu'il devait se forcer pour ne pas faire demi tour, pour ne pas fuir cet endroit, pour fuir le massacre qui allait s'accomplir...
-"Allez-y, tuez-le! On va faire comprendre au Roi qu'il ne doit pas nous sous-estimer!"
Des hurlement d'approbation parcoururent les rangs "ennemis" avant qu'ils ne s'élancent sans réfléchir vers le blond. Blond qui se contenta de lever un bras, et de réciter une simple formule, dessinant dans l'air d'étranges arabesques qui s'assemblèrent pour former un cercle devant lui, duquel sortit un jeu de flammes bleues qui se dirigea vers les villageois à une vitesse impressionnante.
Des villageois qui furent stoppés nette dans leur lancée, par ce jet de flammes inopiné qui heurta les premières lignes avec force. De nombreuses personnes crièrent leur douleur, leur voix se mêlant aux cris de terreur et de rage des autres personnes encore valides qui continuèrent d'avancer, alors que des torches vivantes tombaient au sol les unes après les autres, les flammes se consommant même dans la neige, ne laissant que cendres et os.
Le dégoût se lisait aisément dans le regard du responsable de ce spectacle, comme s'il allait tourner de l'œil. Mais il resta stoïque, continuant encore et encore à repousser les assaillants, les uns après les autres, sous le regard des gardes immobiles qui ne le lâchaient pas d'une semelle, observant la scène d'un sourire narquois.
Une flèche passa à quelques millimètres du visage du blond, lui égratignant le visage, laissant perler quelques gouttes de sang le long de sa joue. Ce spectacle raffermit les combattants restant, comme s'il venait de se prouver que ce qu'il avait en face d'eux n'était qu'un humain, et non une machine à tuer indestructible.
Mais le sol se couvrait peu à peu de cadavres se consumant lentement, laissant durer leur agonie au maximum, alors que le vent éparpillait les cendres des disparus comme s'il s'amusait avec, jouant avec leur souffrance, attisant les flammes, fouettant la peau.
Une larme s'échappa de l'œil du mage, qui disparut bien vite de son visage, refusant de tomber dans le tourbillon de la souffrance, refusant de se laisser voir dans cet état. Il ne devait montrer aucune faiblesse, il le savait, et le brun, qui observait d'un air dégouté, le savait aussi. Enfin, il ne savait pas les conséquences que cela pourrait avoir, mais il comprenait.. Il comprenait que le blond était dans une situation délicate, et qu'il n'avait pas le choix, même si ses gestes étaient... inqualifiables.
Bientôt, plus aucun opposant ne se trouvait en face de lui, faisant revenir un silence de mort, tendu. Le vent soufflait de plus en plus fort, mélange de cendre et de neige, recouvrant les fins ossements blancs sous une épaisse couche de neige, effaçant les traces de ce massacre qui ne faisait que commencer.
Fye s'avança d'un pas assuré vers le reste du village, ses yeux cherchant la moindre trace de vie. Il allait devoir chasser les quelques personnes restantes, et les tuer, à leur tour. Pas de survivant, ainsi est faite la loi. Il se devait d'y obéir.
Il avança dans le village, dans lequel régnait déjà cette odeur répugnante de chairs brûlées et de décomposition, brûlant les maisons qui se trouvaient sur son chemin, qu'il y ait ou non des habitants, ne faisant aucune distinction entre hommes, femmes enfants... Et tout ça, sans la moindre hésitation, sans une seule seconde de répit.
Et Kurogane ne pouvait qu'observer, impuissant, même s'il n'avait qu'une envie, donner une bonne paire de baffes au blond, lui faire comprendre qu'il n'avait pas à faire ça contre sa volonté. Qu'il devait se rebeller pour faire cesser se cauchemar, pour cesser ces meurtres qui ne rimaient à rien, à part le faire souffrir, lui. L'enfermé dans un étau de solitude, dont il ne trouvait une échappatoire qu'auprès de son Roi. Et il se voilait la réalité.
Et maintenant, il en était là, détruisant des villages, tuant des innocents. Tout ça d'un regard vide d'expression, dans lequel même la douleur ne se lisait plus. Il se réfugiait dans les tréfonds de son âme pour ne pas voir ses gestes, pour ne pas voir le regard terrifié et suppliant des femmes et enfants qu'il croisait, qu'il tuait, et celui haineux et plein de reproches des hommes qui osaient s'opposer à lui. Bientôt, cet endroit ne serait plus qu'un désert, que cendres et désolation. Bientôt, ce village ne serait qu'un souvenir, qu'un mauvais souvenir que les gens effaceront bien vite de leurs esprits pour ne pas connaître un sort similaire.
Mais brusquement, le blond stoppa son geste alors qu'il s'apprêtait à nouveau à lancer son sort. Son bras resta suspendu dans les airs tandis que son regard s'était posé sur deux enfant en bas-âge, se tenant par la main, essayant de fuir les flammes qui les entouraient de toute part. Deux enfants avec lesquelles son regard s'accrocha, dans lequel il pouvait lire peur et désespoir. Des enfants qui venaient de connaître le massacre de leur maison, leur famille, et qui se trouvait maintenant, terrorisés, devant le meurtrier, le regardant avec de grands yeux, recroquevillés sur eux-mêmes.
Et il baissa sa main, lentement, alors que ces regards le pénétraient de plus en plus, qu'il ressentait de plus en plus de culpabilité, qu'il sentait qu'il arrivait à ses limites. Un moment de flottement, dans lequel rien ne bougea, rien ne se passa. Les gardes étaient restés à l'entrée du village et ils ne pouvaient pas voir le mage hésiter, il ne pouvait pas voir cette douleur dans ses yeux, ces larmes qui menaçaient de tomber à tous moments.
-"Partez..." murmura t'il aux enfants d'une voix tremblante. "Partez vers le Nord, loin d'ici, et ne dites jamais d'où vous êtes venus..." les enfants le regardèrent un instant, la peur passée pour laisser place à la stupéfaction. Ils ne devaient pas avoir plus d'une
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