Je n’apercevais rien d’autres que le dos de la personne qui conduisait. Je sais qu’il s’agit du chef de la bande, mais aussi que ses « disciples » ne devaient pas être loin derrière nous. Cependant, je ne peux les voir car la douleur qui traverse mon corps m’empêche de me retourner. Je ferme les yeux et essaye de me concentrer sur autre chose que cette douleur qui me traverse tout le corps. J’essaye de rassembler les souvenirs des derniers jours que j’ai vécu. La bande d’assassin qui m’a capturé et torturé pendant ces deux derniers jours s’appelle « La neige rouge ». J’ai été chargé par le Basileus de réussir à me faire passer pour un membre du clan et ainsi recueillir diverses informations sur les activités du groupe et leur différents contact au sein de plusieurs organisations. La guerre contre Hadès terminé, et qu’aucun autre risque de Guerre imminent ne se profilait à l’horizon, j’ai accepté… Mais je ne pensais pas que tout cela se finirait comme cela.
J’interrompis mes pensées en voyant que le véhicule qui me transportait s’était immobilisé. Une main m’agrippa au cou et me souleva sans aucune difficulté. Il est vrai que je ne suis pas très lourd sans mon armure, et que ces derniers jours de torture sans rien avaler n’ont sans doute pas arrangés les choses.
J’avais déjà du mal à respirer, et la main qui ne lâchait pas mon cou ne m’aidait pas énormément. La personne qui m’avait soulevé m’avait porté au niveau de son visage, et avait trouvé la juste pression sur mon cou pour me laisser inspirer tout en suffoquant. Ma vue commençait à se brouiller, mais je pouvais encore voir distinctement l’éclat des yeux" du maître ". C’est ainsi que ce faisait appeler le chef du groupe. Un éclat de haine dans des yeux aussi noir qu’une nuit sans lune. Il approcha son visage du mien, lentement, jusqu'à ce que je puisse sentir son souffle sur mon visage.
-" Tu sais Camus… tu aurais pu rester avec nous…avec moi si tu ne nous avait pas trahi " commença le maître.
Il m’observa un long moment, attendant sans doute une réaction de ma part qui ne viendrait jamais. Comme à mon habitude, je ne laisse transparaître aucune de mes émotions. Il rapprocha encore son visage, et posa ses lèvres sur les miennes tandis qu’il pose une main sur mon torse dénudé. Je ne peux réprimer un frisson de dégoût, et je tente de tourner la tête, mais sa prise sur mon cou m’en empêchait. Il resserra son étreinte, voyant que je tentais de bouger. Puis, au bout de quelques instants qui me parurent interminables, il sépara enfin ses lèvres des miennes.
- "Tu aurais fait un amant parfait Camus… Mais tu as choisi ton camp, il est trop tard maintenant…"
Alors que je ne m’y attendais pas, il lâcha sa prise sur mon cou, et je m’effondrai dans la neige. La douleur qui me transperça lorsque mon corps rentra en contact avec elle failli me faire perdre connaissance. Je ne voyais plus rien à part cette étendue blanche, floue à cause de la douleur, et chacun de mes mouvements me donnait envie de vomir. Je pouvais sentir le regard du maître épier chacun de mes mouvements, se délectant de mon agonie. Puis il le tourne le dos, et repars en direction de son véhicule, me laissant ainsi, nu et mains liés au milieu des étendues sibériennes.
Maintenant je sais que quoi qu’il arrive, ma vie va se finir ici. Je ne le regrette pas, je n’aurai jamais du exister. Mais je me rends compte que la douleur qui tiraille mon corps n’est rien en comparaison de celle de mon cœur. Je tourne mon regard vers le ciel dégagé de Sibérie et je me perd dans sa contemplation… ce bleu, si pur… il m’a toujours rappelé l’éclate de Ses yeux. Aux yeux de la seule personne qui fait battre mon cœur… Mais je l’ai perdu deux jours auparavant. C’est de ma faute, je l’ai trahie, et blessé. Je l’ai fait souffrir alors qu’il est la seule personne que j’ais jamais voulu protéger, la seule qui m’ait accepté comme je suis et aimé… Je ne mérite que la mort pour l’avoir blessé, et j’y suis résigné. Combien de temps s’est déjà écoulé depuis que je suis là ? Je n’en sais rien. Je ne ressens même plus la douleur de mon corps, juste un froide grandissant à chaque seconde, qui envahit chaque particule de mon être. Je ferme les yeux, cessant de lutter en vain pour rester conscient… mais alors que je sens que mon esprit s’en va, j’ai l’impression que le vent porte les paroles de quelqu’un qui m’appelle.
- "…mus… Camus !"
Non, c’est impossible, ce n’est qu’un effet de mon imagination. La seule personne qui aurait pu venir me détestait à présent. Jamais elle ne viendrait jusqu’ici pour moi. A cette pensée, je sens quelque chose d’humide couler sur ma joue… Pourquoi ? Pourquoi, alors que toute ma vie j’ai glacé mes sentiments au plus profond de moi, le fait de penser à lui me fait pleurer. Il est la seule personne qui puisse me faire cet effet.
-" Mi…lo…" murmurais-je avant de perdre connaissance.
Je me réveille alors que je sens un vent froid fouetter mon visage. J'ai l'impression que chacun de mes mouvements, même involontaire, me fait l'effet d'un coup de poignard. Mais étrangement, à travers ce froid qui fait trembler mon corps, je ressens un rayonnement de chaleur à mes cotés. Intrigué, je me force à ouvrir les yeux, et mon cœur s'arrête de battre brusquement. La première chose que je vois est une chevelure bleue nuit, avec laquelle le vent semble s'amuser. Je ne connais qu'une personne avec de tels cheveux, et je ne pourrais jamais l'effacer de ma mémoire.
- Mi...
Je regrette immédiatement d'avoir essayé de parler. Ma gorge me brûle, et chaque son que je prononce me donne l'impression de me consumer de l'intérieur. Milo s'arrête de marcher, et s'agenouille, posant délicatement mon corps sur ses genoux, de façon à pouvoir se libérer un bras. Il s'est agenouillé dans la neige de façon à se que son corps me protège le plus possible du vent. Il tourne la tête vers moi, et nos regards se croisent. Pour la millième fois, je me perds dans l'immensité de ses yeux. A cet instant, j'aurais fondu en larme si je ne m'étais pas retenu. J'étais persuadé que j'allais mourir dans ces étendues glacées, que je n'allais plus le revoir... Et pourtant, il m'a retrouvé, et il m'a sauvé. Je ne sais pas pourquoi il a fait ça, et je ne sais pas si je le saurai un jour. J'entrouvre mes lèvres pour parler à nouveau, mais il pose un doigt sur mes lèvres, m'indiquant de me taire.
- "N'essaye pas de parler, tu es assez épuisé comme ça" dit-il d'une voix douce, mais assez puissante pour couvrir le bruit du vent. "Tu étais presque mort quand je t'ai retrouvé."
Il enleva son doigt de mes lèvres et posa sa main sur ma joue. Mon corps frissonna à son contact. J'ai l'impression que mon visage brûle tellement sa main est chaude, même si je sais pertinemment qu'en réalité, c'est mon corps qui est gelé.
- "Essaye de te rendormir, je ne peux rien faire contre la douleur ici, je te ramène chez toi"
Il enleva sa main de mon visage, à ma grande déception, et se remit debout pour reprendre son chemin. Je ferme les yeux, et je pose ma tête sur son torse. La douleur et la fatigue qui s'était atténués quelques instants avaient repris de plus belles. Mais je n'y fais pas attention, le cosmos que Milo a déployé m'entoure, et je me sens en sécurité. Je me détends dans ses bras, et, bercé par son aura, je m'endors.
Une fois de plus, je me réveille alors que mon corps n'est plus que douleur. Mais cette fois, je me trouve allongé dans un lit, sous une couche de couverture impressionnante. Je tourne la tête, mais chacun de mes gestes me donne envie de vomir. Je rouvre les yeux, et constate de des braises crépites encore dans la cheminée, éclairant faiblement la pièce. Je me trouve chez moi, dans ma chambre. Milo m'avait donc en effet ramené chez moi...
Soudain, un sentiment de peur m'envahit. S'il m'avait laissé seul et était reparti en me laissant dans cet état? Par réflexe, je tente de me relever. Mais je retombe lourdement sur le lit sans pouvoir retenir un cri de douleur. Malgré cette peur grandissante, j'essaye de me forcer à rester immobile. Le simple fait d'avoir essayé de me relever m'a essoufflé, et je tente de reprendre un rythme de respiration normal. Puis, d'un coup, je retiens ma respiration, j'ai cru entendre quelque chose bouger dans la pièce. Je retiens mon souffle, tous mes sens en éveil, à l'affût du moindre son. Au bous de quelques secondes, j'entend à nouveau quelque chose bouger à mes cotés.
- "Camus?"
Malgré moi, je sursaute en entendant la voix du chevalier du Scorpion. J'essaye de tourner la tête en direction de la provenance de la voix. La faible lueur de la cheminée me permet de vois sa silhouette se détacher dans la chambre. Il s'approche de moi, et je peux apercevoir son regard inquiet, où lui une leur rouge, du aux braises de la cheminée.
- "Tu ne devrais pas encore essayer de te relever, tu risque d'empirer l'état de ton bras" dit-il d'une voix douce.
Je fronce les sourcils, que veut-il dire par "l'état de mon bras"? J'essaye de le bouger et je comprends alors ce qu'il veut dire. Une douleur me traverse l'entièreté du bras et se répand ensuite dans tout mon corps. Un sourire se dessine sue le visage de Milo.
- "C'est bien toi ça!" lance t'il d'un ton enjoué. "Tu n'as même pas remarqué que tu avais le bras droit cassé!"
Je ferme les yeux, mais je ne réponds pas. Que pourrais-je lui dire? J e ne crois toujours à ce que je vis en ce moment, comment peut-il adopté un ton si enjoué en ma présence? Je l'ai trahie, comment peut-il faire comme si de rien n'était?
- "Milo..." murmurais-je. "Pourquoi? Pourquoi es-tu venu?"
Il me regarde quelques instants avant de répondre, sans doute surpris par ma réponse. Finalement, il me sourit, mais ce n'est pas le sourire plein d'entrain que je lui connais. C'est un sourire triste, et résigné. Mais cette expression lui va si mal!
- "Parce que quoi que tu puisse dire, quoi que tu puisse faire... Je t'aime, et je continuerai à t'aimer. Je ne pourrais jamais supporter la douleur de te perdre à nouveau."
Je détourne la tête, et j'essaye de retenir mes larmes. Il ne peut imaginer à quel point ses mots me touchent... Mais je ne veux pas qu'il me croie faible, il a toujours détesté les êtres faibles. Cependant, je sais que mon corps, parcourue de soubresaut, me trahit.
- "Je suis désolé" dis-je finalement avec une voix brisée. "Mon absence depuis ces six derniers mois... tout ce que tu as vu... Tout est lié à la mission de Basileus..."
Je ne sais pas pourquoi je me confie ainsi à lui. Les mots que je prononce sorte d'eux-mêmes. Ca a toujours été ainsi lorsque je me trouve à ses cotés.
Il se penche vers moi, et m'embrasse tendrement sur le front, alors qu'un de ses mains caresse lentement mes cheveux.
-"Ce n'est pas important" me murmure t'il près de l'oreille. "Tu dois te reposer, c'est tout ce dont tu as besoin dans l'immédiat."
Je rouvre les yeux et me plonge dans son regard. Plus aucune tristesse ne s'y reflète... uniquement de l'inquiétude.
-"Non, je te dois des explications, tu as le droit de savoir"
- "Camus..."
Il soupire, il sait que lorsque j'ai une idée derrière la tête, je ne lâche pas prise jusqu'à son accomplissement. Je me fiche des conséquences que pourrait avoir mes paroles, il est normalement interdit d'évoquer quoi que ce soit à propos d'une mission. Mais je ne peux me taire... J'ai besoin de parler.
-"Depuis maintenant un peu plus de six mois, le Basileus me confia comme mission d'intégrer le groupe d'assassin "la neige rouge". Ce gang fait partie de tout un réseau d'organisations criminelles. Je suis donc revenu en Sibérie, place où ce groupe est censé avoir sa base de regroupement. Le Basileus m'avait renseigné sur le chef de ce groupe. Durant un mois, je l'ai donc observé, ses habitudes, ses manies, tout... Après un mois, j'attendais sa venue dans un petit village au Nord d'ici, dans lequel il avait l'habitude d'aller. Ce jour-là, je comptais finalement rentrer en contact avec lui. Mais à ma surprise, ce fut lui qui m'aborda en premier. Il m'a dit que cela faisait plusieurs semaines qu'il m'observait. Ainsi, je saisi ma chance, je ne pouvais pas la laisser passer. Mais nous... sommes vite passés du statu d'inconnu à celui d'amant..."
Je ferme les yeux et tourne ma tête vers la fenêtre, n'osant regarder la réaction de Milo. Parler me faisait mal, ma gorge me brûlait, et je sentais ma voix fléchir au fur et à mesure. Mais je ne pouvais pas m'arrêter là. Pas maintenant.
- "J'ai vite compris que seul mon corps l'intéressait... Mais je ne pouvais pas faire autrement que de rester avec lui, c'était le seul moyen de mener à bien ma mission. Pendant deux mois, j'ai fait en sorte qu'il ait confiance en moi, mais en contrepartie, j'étais comme une marionnette entre ses mains. Puis, au fil des jours, il commença à me parler de son organisation. Finalement, au bout de deux mois, lorsque "le maître" fut totalement persuadé de ma "fidélité", il m'emmena dans son repère et me présenta à ses subordonnés... Il ne me fallut pas beaucoup de temps pour gagner leur confiance..."
Ma voix n'est plus qu'un murmure. Tout les sentiments que j'avais ressenti dan s ces moments et que j'avais tentait d'obscurcir remontaient à la surface.
- "Les deux mois qui suivirent, et jusqu'à ce que tu viennes jusqu'ici, j'étais devenu le jouet de tout le groupe."
Cette fois, je sentis des larmes coulaient sur mes joues, mais j'étais incapable de les retenir. Je ne pouvais pas continuer plus. Tout ce qui m'avait fait tenir durant ces quelques mois avait été le souvenir de Milo, de ses sentiments. J'avais pris conscience de ma faiblesse, je laissai se faire les choses, s je ne réagissais face à ce que je vivais... Je me méprisais, je détestais mon être pour cette faiblesse. La seule chose qui m'avait empêché de mettre à mes jours, depuis des années, était le sentiment que j'éprouvais pour Milo. Je savais qu'en rentrant au sanctuaire, il parviendrait à me faire oublier ces sentiments, comme il l'avait fait autrefois.... Mais comment allait-il réagir par rapport à ce que je vient de lui dire, il a toujours agit selon ses sentiments, et je n'ai jamais pu prédire ses actes, ses réactions.
Je n'ose pas ouvrir les yeux, j'ai peur de le regarder. Mais je ne peux arrêter mes larmes. Il prend ma tête dans ses mains, et me force à regarder dans sa direction, mais je garde les yeux fermés
- "Chuuuuuuut", murmure t'il. "Allez, calme toi. Je n'aime pas te voir comme ça".
J'ouvre les yeux, surpris. En observant ses yeux, je ne sais pas ce qu'il pense... je ne le saurai sans doute jamais. Mais je vois dans son regard qu'il ne m'en veut pas, et je lui en serais reconnaissant toute ma vie.
- "Je sais que ça a été dur pour toi, je l'ai compris lorsque tu m'as appelé. Je suis désolé d'avoir réagi comme ça. J'aurai du te faire confiance."
- "A...appelé? Je..." dis-je d'un voix encore empli de sanglot.
Je ne comprends ce qu'il veut dire par "appelé". Quand? Comment? Il sourit en voyant ma réaction, s'amusant de ma surprise.
- "Lorsque je suis arrivé ici, je t'ai trouvé avec "le maître"."
Je ferme les yeux à l'évocation de ce souvenir. A cet instant, j'ai cru que le monde s'était effondré sous mes pieds. Je n'avais encore jamais ressenti un tel désespoir, une telle peur...
- " Quand je t'ai vu avec lui, je n'ai rien dit, j'ai juste fait demi-tour, et je suis reparti. J'étais bien décidé à repartir au Sanctuaire dans les plus brefs délai..." continua t'il en caressant lentement mon visage, essayant de me clamer. "Mais maintenant je sais que je n'aurai jamais du me fier à ce que j'ai vu. Une journée s'est ensuite écoulée, une journée où je suis resté assis sur un banc d'aéroport. Je n'arrivais pas à me persuader de partir, comme si quelque chose me retenait. Puis finalement, à l'instant où j'allais enfin monter dans un avion, j'ai entendu ta voix."
Je fronce les sourcils. Comment cela était-il possible? Je me trouvai alors dans la base de "La neige rouge", sans doute en pleine séance de torture.
- "Je ne sais pas non plus comment cela est possible, mais je sais que ce n'était pas une illusion. J'ai entendu ta vois dans ma tête, en train de m'appeler. Cela suffit pour me dissuader de partir, et je repris donc le chemin de cette maison. Quand je suis arrivé, personne n'était là, et les pièces étaient totalement dévastées. C'est à ce moment que j'ai vraiment compris que j'avais mal interprété ce que j'avais vu. J'ai donc décidé de partir à ta recherche, en commençant par un petit village au Nord. Durant deux jours, j'ai essayé de trouver des informations, j'entendais toujours ta voix dans ma tête, mais de moins en moins souvent, et surtout, de plus en plus faible. J'avais peur de te retrouver trot tard, ou de ne pas te retrouver du tout. Si la chance n'avait pas été là, je ne l'aurais sans doute pas fait. Hier, j'ai aperçu la personne que tu appelles "le maître", et je l'ai suivie. Jusqu'à l'endroit où je t'ai retrouvé."
Il me sourit en caressant ma joue. Je sens que des larmes emplissent à nouveau des yeux, mais je ne peux rien y faire. En effet, je n'avais pensé qu'à lui durant ces deux jours. On m'avait capturé, torturé... mais la seule chose qui avait occupé mon esprit avait été Milo, la peine que je lui avait infligé... Mon esprit l'avait appelé inconsciemment? C'était la seule explication plausible.
- "Je t'en prie, arrête de pleurer" me murmure t'il? "Je ne supporte pas de te voir comme ça."
Je lui souris, il est la seule personne qui ait vu mes vrais sourires, et la seule qui m'ait déjà entendu rire. Il sèche mes larmes avec sa main.
- "Allez, rendors-toi. Tu en as besoin."
Je ferme les yeux. Je suis épuisé, et le sommeil ne tarde pas à me prendre.
La nuit était tombé depuis plusieurs heures lorsqu'un bruit sourd me réveille. Je m'assois sur le lit, intrigué, essayant de bouger le moins possible mon bras droit. Je cherche Milo des yeux, et malgré l'obscurité de la pièce, je peux constater qu'il n'est pas dans la pièce. Peut-être dors t'il dans le salon? Un second bruit retentit derrière la porte. Je me lève, inquiet, pour aller voir ce qui se passe. Mais lorsque j'ouvre la porte, je m'immobilise aussitôt. Le salon est dévasté, meubles renversés, fenêtre brisées... Et dans cette obscurité étouffante, je peux distinguer plusieurs personnes dans la pièce, et au centre, celle de Milo.
- "Milo!"
Je m'avance vers lui alors qu'il tourne la tête en ma direction.
- "Camus? Arrête, n'approche pas! Retourne dans..."
Il n'a pas le temps de finir sa phrase, une des personnes présentes a profité de son moment d'inattention pour l'attaquer. Inquiet, je ne fais pas attention à ce qu'il vient de me dire et je m'avance encore de quelques pas. Mais une des ombres, ayant remarqué ma présence, m'attaque à son tour. Par réflexe, je lève mon bras devant mon visage pour me protéger, étant encore trop faible pour pouvoir employer mon cosmos. Je m'attends à recevoir l'impact du coup, mais ne rien ne se passe. Je rouvre les yeux et enlève mon bras de mon visage, et je m'aperçois qu'un corps s'était interposé entre moi et mon assaillant.
- "Milo..." murmurais-je en posant une main sur son épaule.
- "Je t'avais dit de ne pas rester ici!"
Je recule d'un pas, surpris, le ton qu'il a employé est froid, et cassant. Mais il n'est pas dans son état normal et je le sais. C'est son autre personnalité qui a encore ressurgi, celle d'un assassin de sang froid.
- "Mais tu..."
Non! Je ne peux pas le laisser dans cet état. Je m'approche lentement de lui.
- "Ne reste pas la!"
D'un geste, il me repousse de façon à ce que je recule jusqu'à la chambre. Il ferme la porte, et la verrouille de l'extérieur.
- "Milo!"
Je sais qu'il n'est plus Milo. Lorsqu'il est dans cet état, il n'est qu'un assassin. Mais ce qu'il vient de faire, même inconsciemment, était pour me protéger. J'en suis conscient, même si lui ne l'ait pas. Ces pulsions le prennent souvent lorsqu'il est en mission. Quand il revenait au Sanctuaire, il n'a généralement pas repris ses esprits, mais il vient me trouver dans mon temple. Il le parle pendant des fois plusieurs heures, il décrit ce qu'il a vu, ressenti... Cela lui permettait d'extérioriser ses sentiments, et de réussir à se calmer. Mais là, derrière cette porte... je ne peux rien faire pour lui. Je peux ressentir son cosmos à travers cette porte, mais il est plus faible qu'habituellement.
Non, il est inutile de s'inquiéter... Milo est un chevalier d'or avant tout, ce n'est pas ces quelques personnes qui pourront le tuer... Mais il, n'as pas son armure, et il a été blessé à cause de moi... Si jamais il lui arrivait quelque chose par ma faute, je ne me le pardonnerais jamais.
Je reste debout, appuyé contre la porte, concentré sur la cosmo-énergie de Milo, que je sans peu à peu diminuer. Mais les dérives de mon esprit sont interrompues lorsque j'entends des pas derrière moi. Je me retourne en sursautant, et mon cœur rate un battement lorsque je reconnais qui se tient alors devant moi.
- "Bonsoir Camus"
Mon corps tremble alors que cette personne s'approche de moi, lentement, sans aucune précipitation. La voix est froide, mais le ton est calme... trop calme. Je recule, essayant de rester à distance raisonnable, mais il attrape mon bras et m'attire vers lui; J'étouffe un cri, il a empoigné mon bras droit et resserré son emprise.
- "Aurait-tu peur de moi Camus? Toi qui est toujours froid et distant habituellement."
Il garde le même ton, calme et posé, mais en levant la tête, je peux voir la haine qui anime son regard. Il resserre encore son étreinte sur mon bras, et je tombe à genou en poussant un cri. Mais je n'essaye pas de me dégager, je sais que cela ne fera qu'empirer les choses. Il empoigne ma gorge et me plaque contre un mur.
-"Je ne sais pas comment ton ami à réussi à te retrouver, mais cette fois, il ne viendra pas à ton secours."
- "Laisse le... en dehors..." articulais-je difficilement.
Un sourire se dessina sur son visage, et il rapprocha son visage du mien.
- "Tu l'aimes tant que ça?" murmura t'il "Tu sais Camus... tu n'as été qu'un amant parmi tant d'autre, et pourtant... pourquoi je ne peux supporte l'idée de te voir dans les bras d'un autre?" continua t'il en serrant ma gorge.
Il posa ses lèvres sur les miennes, mais je détourne la tête. Il appui sur mon bras et mon cou, et une fois encore, je pousse un cri de douleur. Mais il en profite pour m'embrasse, et ainsi étouffer mon cri. Cette fois, je ne peux pas bouger, c'est à peine si j'arrive à respirer correctement. Une fois de plus, je prends conscience de ma faiblesse... Je ne peux rien faire, les choses se déroulent sous mes yeux et je ne suis qu'un simple spectateur. Des larmes emplissent mes yeux, et je les laisse couler sur mon visage. Il rompt le baiser et écarte son visage, toujours en m'observant.
- "Cette fois, je vais m'assurer moi-même que tu n'en réchapperas pas" dit-il en appuyant sur mon cou.
Ma vue commence à se troubler, mais ce n'est pas du aux quelques larmes qui coulent encore de mes yeux. J'entends mon sang battre dans mes tempes. Mon champ de vision se réduit de secondes en secondes, et je ne vois plus que cette lueur de haine qui brille dans ses yeux. Soudain, la porte s'ouvre et quelqu'un entre. Mais je ne peux voir distinctement qui est-ce, juste cette couleur bleu...
- "Mi..."
Je ne compris pas ce qui se passa alors. J'entendis "le maître" parler, sans pouvoir distinguer les mots, puis la seconde d'après, je me retrouvais à terre. Quelques secondes passèrent où je n'entendis et ne vis plus rien. Mes sens revinrent peu à peu, et je me rendis compte qu'un corps se trouvait à mes cotés. "Le maître" avait apparemment subit l'aiguille écarlate de Milo, une marre de sang s'agrandissait autour de lui. Le chevalier de Scorpion se trouvait dans un coin opposé de la pièce, me tournant le dos. Je me relève difficilement, m'aidant du mur pour tenir debout et me rapprocher de lui.
- "Milo?" appelais-je doucement.
- "Ne m'approche pas!" répondit-il avec une voix presque apeurée.
Je continue à avancer, prudemment, lâchant peu à peu le mur pour l'approcher.
- "Il ne m'arrivera rien..."
Ma voix me semblait comme étrangère tellement elle était brisée. Milo se retourna brutalement.
- "Qu'est-ce que tu en sais," hurla presque le chevalier d'Or.
Je profite du moment où il se retourne pour le prendre dans mes bras. Il ne bouge pas. Peut-être la surprise, ou un effort sur lui-même pour essayer de calmer ses pulsions. Plusieurs minutes s'écoulent ainsi, dans l'immobilité et le silence, seulement troublé par le bruit de nos respirations. Je commence à sentir mes jambes céder sous moi, et je m'accroche à Milo de toutes mes forces. Je me force à rester debout, l'aura agressive qui émane de Milo s'amenuise petit à petit. Chaque seconde qui passe me semble une éternité, et finalement, alors que je sens que je vais m'effondrer, les bras de Milo enserrent ma taille. Je lève la tête. Il ne me regarde pas, mais je vois que ses yeux sont totalement dénués d'expressions.
"Milo?"
Il baisse son regard, et une brève étincelle anime son regard alors qu'il croise le mien. Je souris. Il est enfin redevenu lui-même. Il resserre son étreinte, faisant attention à ne pas me faire mal, et pose sa tête sur mon épaule.
- "Je suis désolé" murmure t'il. "Je ne t'ai pas blesser au moins?"
- "Non, ne t'inquiète pas..." dis-je en passant ma main dans ses cheveux. "Mais ce n'est pas à toi de t'excuser..."
Il relève la tête, surpris, et commence à m'observer, cherchant le sens de mes paroles. Je lève mon bras valide, et effleure de mes doigts une blessure sur son front dont le sang s'écoule encore.
- "Ce serait plutôt à moi de te présenter des excuses."
- "Non, tu n'y est pour rien"
Un pauvre sourire se dessine sur mes lèvres. Quoi qu'il dise, il ne réussira pas à me faire changer d'avis. Je me sens coupable des blessures qui parcourent son corps. Je me dégage lentement de ses bras et commence à m'éloigner.
- "Assieds toi, je vais chercher de l'eau et des bandages."
- Camus..."
Je sors de la pièce et me dirige vers la salle de bain. Je remplis une cruche avec de l'eau avec de l'eau tiède et j'attrape des pansements dans une étagère. Je retourne dans la chambre, Milo s'est assis sur le lit et se tiens la tête dans les mains.
- "Milo, Tu es sur que ça va?"
- "Oui, ça va aller maintenant." Me répond t'il en redressant la tête.
Il me regarde s'asseoir à ses cotés. Mais je suis tellement fatigué que je m'effondre presque sur le lit. Il me prend le menton avec sa main et me force à le regarder.
- "Tu as besoin de repos. Dors, je vais le faire." Dit-il en montrant les bandages.
- "Je ne suis pas le seul qui en ai besoin." Répliquais-je sur un ton de défi.
Il me regarde et soupir. Il sait très bien que ce n'est pas la peine d'essayer de m'en dissuader. Et je ne veux pas le laisser seul, de peur qu'il ne fasse une "rechute". Il enlève sin T-shirt, et je commence à laver ses plaies. Une heure passe, et il m'aide à faire les bandages que je ne peux faire seul à cause de mon bras. Lorsque nous avons terminé, je me relève pour aller ranger les longes et la cruche d'eau, mais Milo me prend dans ses bras. N'ayant pas la force de résister, je me laisse faire, et pose ma tête dans le creux de son épaule.
- "Pourquoi n'es-tu pas parti tout à l'heure?" me demande t'il. "J'aurai pu te blesser."
Je souris, et me blottis un peu plus dans ses bras.
-"Non... je savais que tu ne me ferais rien. Tu ne m'aurais jamais attaqué, même sous l'emprise de tes pulsions."
- "Camus..."
- "J'ai confiance en toi" dis-je simplement.
Je ferme les yeux et écoute les battements de son cœur. Ce bruit sourd et régulier me berce doucement, et je sens mon esprit glisser dans les bras de Morphée. Mais un murmure me parvient avant que je ne m'endorme: "Merci".
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