Je marche seule, au milieu des vagues. Tel Moïse poursuivit par le Pharaon, je cherche à rassembler mes pensées pour vaincre la mer de solitude qui s'étend devant moi. Seulement, le miracle refuse de s'accomplir et la mer reste désespérément close, me laissant prisonnière de mes sombres pensées.
Être entourée ne veut pas forcement dire que la solitude est loin derrière nous. On la pense partie à jamais, oublier pour toujours alors que l'on marche en compagnie des personnes qui nous sont chères et à qui l'on tient. Mais c'est parfois au milieu des gens que l'on aime qu'elle nous rattrape et qu'on la redécouvre.
Personne ne mérite d'être seul. Personne. C'est quelque chose de bien trop cruel pour être vécu par l'homme. L'être humain à besoin d'une société, à besoin de relations pour s'épanouir et s'ouvrir. Pour simplement pouvoir vivre. Mais c'est parfois dans les villes les plus peuplées que l'on trouve la plus grande solitude.
Pourtant, je connais ce sentiment. Toute ma vie durant, il m'a suivi, pourchassé sans relâche. Toutes ces petites choses de la vie courante, manger seule le midi, attendre des heures devant la fenêtre ou son téléphone des nouvelles d'amis divers... Je pensais m'y être habituée. Mais j'avais tort, comme toujours.
Et maintenant, je n'ai plus pour seule compagnie que la plage qui disparait sous la marée montante. Mon cœur brule et me consume à petit feu. J'ai mal, j'ai envie de hurler pour faire disparaître ce silence si lourd à porter. Hurler, mais à qui? Vers qui se tourner lorsque le monde dans lequel nous vivons n'est plus celui des autres, mais uniquement fait de gris, de fade... de déjà vu.
Le temps a passé et, une nouvelle fois, je marche sur mes pas, je commets les même erreurs qu'autrefois. Je regarde défiler le paysage en restant silencieuse, en observant les gens avancer alors que moi, je me contente de faire un timide signe de la main. Bonjour, comment ça va? Au revoir. Au revoir. A la prochaine.
Mais de prochaine, il n'y en a point. Parce que ce signe de main, si insignifiant, est définitif. Et le vent souffle les mots que l'on voudrait crier, mais qui se bloquent dans la gorge. Ne partez pas sans moi. Ne me laissez pas seul. Pas à nouveau. Et l'hiver tombe. Comme un rideau de fer, implacable. On a froid, tout le temps, 365 jours sur 365.
Sur cette plage où je continue à marcher, je fige mes larmes au plus profond de moi et je souris. Tout simplement. Ce sourire aimable collé aux lèvres, figé. Ce sourire dont le monde se contente et qui camouffle la tristesse de la solitude que je vis au fond de mon cœur.
Et tous sourient avec moi, tous continuent à rire alors que tout résonne vide à mes oreilles. C'est un masque si facile à porter, personne ne vient poser de questions. Seuls les apparences comptent, en ce monde qui a oublié la valeur d'une amitié, d'un contact chaleureux. Le crie de l'âme est inaudible, couvert par les rires. Personne n'entend.
Alors je reste seule sur cette plage, marchant vers un destin dont je ne veux pas. La brise fait voler l'écume qui semble rire de moi. Plus jamais je ne laisserai quelqu'un entrer dans mon cœur. Cela ne peut que se retourner contre moi. Lorsque j'aurais à nouveau oublier, on me tournera le dos, et je retournerai sur cette plage en ressassant mon passé.
Mais au fond, je ne sais pas si ce que je fuis est la solitude de mon âme...
Ou le reflet de moi-même dans les vagues mourantes.
1. On-off Le 15/09/2008 à 17:24
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