Souffrance

   Histoire banale de tous les jours. Vous savez, de celles où l'on rit lorsque ça arrive aux autres. Mais quand c'est à nous, on ne supporte pas les moqueries. C'est de ce genre d'histoire qu'il s'agit, aujourd'hui.

   Le héros? Il n'y en a pas. Juste une gamine de dix-huit ans banale. Pas jolie, pas moche, on ne se retourne pas dans la rue pour la regarder. Elle passe inaperçue, depuis son enfance. Transparente, on n'y fait pas attention. Et pourtant, elle a été le souffre douleur de tous ses "camarades" durant ses dix-huit années de vie. Paradoxale dans sa façon d'être, qui cherche à se dissimuler, mais qui donnerai n'importe quoi pour juste une parole encourageante des gens qu'elle admire en secret.

   Elle rend des services et n'en demande jamais, la bonne petite pomme au service des autres qui n'attend qu'un "merci" qui ne vient finalement jamais. Et pourtant, elle donnerait tout pour une simple parole encourageante de la part des gens qu'elle admire. Quel est le mot, déjà... Ah oui. Egocentrique. Cette fille est égocentrique, derrière ses sourires et sa bonne volonté. Elle veut que l'on ne s'occupe que d'elle. Pathétique, n'est-ce pas?

   Enfin, elle essaye de ne pas y penser, parce qu'elle se déteste, cette fille. Elle se déteste, et elle a perdu foi en l'espère humaine depuis longtemps. Trop dérisoire, trop trompeur. Elle a fini par perdre l'espoir. Elle se réfugie dans la musique, dans l'écriture. Elle veut vivre dans son propre monde, où la déception n'a pas lieu d'être.

   Mais surtout, elle a trouvé autre chose... Une chose qui mérite de croire. Elle a découvert les animaux, cette petite fille. Le cheval, pour être précis. Et elle a commencé à croire en cet animal, docile et pourtant, toujours sauvage. Elle a commencé à s'épanouir au milieu des chevaux, même si jamais, elle ne s'était trop attachée à l'un d'eux.

   Et puis pouf, comme ça, du jour au lendemain. LE cheval. Pas une gravure de mode, pas un cheval capable de faire les Jeux Olympiques. Mais celui auquel elle finit par s'attacher, fort. Très fort. Peut-être trop, justement. Bien sur, elle n'est pas la seule à le monter, à l'aimer, loin de là. Mais il y a quelque chose entre eux, elle y croit.

   Et puis les mois passent, elle le monte, avec plaisir. Elle partage, parfois à contrecœur. Parce qu'elle a quand même un niveau potable, la fille, mais si elle refuse de se l'avouer. Et elle n'aime pas le voir monter par des niveaux moins bons que le sien.

   Et puis, au commencement de l'été, tout bascule. L'évènement qui change la donne. Ce cheval, il va peut-être partir. Pourquoi? A cause d'une ligue non répertoriée qui n'y connaît rien, et qui cherche juste à causer des problèmes à celui qui a vendu le cheval au club. Alors voila, ça retombe sur nous. Et elle est effondrée, la fille. Effondrée à l'intérieur.

   Parce qu'elle cache bien son jeu, et qu'elle ne laisse pas filtrer ses émotions. Alors elle passe des nuits à se retourner, bien au chaud sous sa couette, en retournant toutes les possibilités, et le matin, hop, elle recommence son train-train, elle va monter, elle sourit, elle rend service.

   Et puis, le cheval commence à boiter. Pas très grave, ça lui est déjà arriver. Mais là, plus personne pour venir s'en occuper tous les jours, ils sont partis, ceux qui l'aimaient aussi. Alors c'est elle qui s'y colle, aller le chercher tous les jours, s'en occuper, le travailler. Et puis, le lien entre eux se renforce. Il ne boite plus, mais elle finit par être la seul à pouvoir le monter, son dos étant encore fragile.

   Et voila, la date est là. Elle n'est pas allée au club aujourd'hui, elle attend chez elle. Les minutes semblent comme une éternité. On lui a proposé, dans le pire des cas, de racheter le cheval s'il venait à partir. Mais elle a refusé. Pourquoi? Elle n'a pas les moyens, et pas la volonté. Elle ne se sent pas prête à assumer un cheval, mentalement, même si elle l'adore.

   Le verdict, enfin. Le cheval part. Immédiatement. Elle ne l'a jamais revu. Et elle a perdu beaucoup de chose avec. Elle a perdu toute la confiance en elle qui lui restée. Elle a perdu ce lien magique qui lui permettait d'avancer.

   Et elle pleure en silence, elle ne montre toujours rien. Autour d'elle, on dit qu'elle s'en fiche. Elle garde ses lunettes de soleil pour cacher ses larmes. Rien ne change. Pour les autres.

   Pour elle, c'est la fin d'un monde.

   Vous pouvez rire, si vous le souhaiter. Après tout, c'est le genre d'histoire stupide et futile qui n'arrive qu'aux autres...

 

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Dernière mise à jour de cette page le 19/08/2008

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